Quant au succes qu’eurent les deux ambassades, je me crois dispense d’en parler. On devine sans peine ce qu’il dut etre; et il en fut de meme de deux autres que saint Louis, quoique par un autre motif, envoya peu apres dans la meme contree.
Ce monarque se rendoit en 1248 a sa desastreuse expedition d’Egypte, et il venoit de relacher en Cypre avec sa flotte lorsqu’il recut dans cette ile, le 12 Decembre, une deputation des Tartares, dont les deux chefs portoient les noms de David et de Marc. Ces aventuriers se disoient delegues vers lui par leur prince, nouvellement converti a la foi chretienne, et qu’ils appeloient Ercalthay. Ils assuroient encore que le grand Kan de Tartarie avoit egalement recu le bapteme, ainsi que les principaux officiers de sa cour et de son armee, et qu’il desiroit faire alliance avec le roi.
Quelque grossiere que fut cette imposture, Louis ne put pas s’en defendre. Il resolut d’envoyer, au prince et au Kan convertis une ambassade pour les feliciter de leur bonheur et les engager a favoriser et a propager dans leurs etats la religion chretienne. L’ambassadeur qu’il nomma fut un Frere-precheur nomme Andre Longjumeau ou Longjumel, et il lui associa deux autres Dominicains, deux clercs, et deux officiers de sa maison.
David et Marc, pour lui en imposer davantage, affecterent de se montrer fervens chretiens. Ils assisterent avec lui fort devotieusment aux offices de Noel; mais ils lui firent entendre que ce seroit une chose fort agreable au Kan d’avoir une tente en ecarlate. C’etoit-la que vouloient en venir les deux fripons. Et en effet le roi en commanda une magnifique, sur laquelle il fit broder l’Annonciation, la Passion, et les autres mysteres du christianisme. A ce present il en ajouta, un autre, celui de tout ce qui etoit necessaire, soit en ornemens soit en vases et argenterie pour une chapelle. Enfin il donna des reliques et du bois de la vraie croix: c’est-a-dire ce que, dans son opinion, il estimoit plus que tout au monde. Mais une observation que je ne dois point omettre ici, parce qu’elle indique l’esprit de cette cour Romaine qui se croyoit faite pour commander


