Soit que l’ordre de Saint-Dominique eut temoigne quelque deplaisir de voir un pareil honneur defere exclusivement a l’ordre de Saint Francois; soit qu’Innocent craignit pour ses ambassadeurs les dangers d’un voyage aussi penible; soit enfin par quelque motif que nous ignorons, il nomma une seconde ambassade, a laquelle il fit prendre une autre route, et qui fut composee uniquement de Freres-precheurs. Ceux-ci, au nombre de cinq, avoient pour chef un nomme Ascelin, et parmi eux etoit un frere Simon, de Saint-Quentin, dont j’aurai bientot occasion de parler. Ils etoient, comme les Freres-mineurs, porteurs de lettres apostoliques, et avoient aupres des Tartares la meme mission, celle de determiner ce peuple formidable a s’abstenir de toute guerre et a recevoir le bapteme.
De Carpin cependant avoit, avec la sienne, recu l’ordre particulier et secret d’examiner attentivement et de recueillir avec soin tout ce qui chez ce peuple lui paroitroit digne de remarque. Il le fit; et a son retour il publia une relation, qui est composee dans cet esprit, et qu’en consequence il a intitulee Gesta Tartarorum. Effectivement il n’y emploie, en details sur sa route et sur son voyage, qu’un seul chapitre. Les sept autres sont consacres a decrire tout ce qui concerne les Tartares; sol, climat, moeurs, usages, conquetes, maniere de combattre, etc. Son ouvrage est imprime dans la collection d’Hakluyt. J’en ai trouve parmi les manuscrits de la Bibliotheque nationale (No. 2477, a la page 66) un exemplaire plus complet que celui de l’edition d’Hakluyt, et qui contient une assez longue preface de l’auteur, que cette edition n’a pas. Enfin, a l’epoque ou parut ce Voyage, Vincent de Beauvais l’avoit insere en grande partie dans son Speculum historiale.
Ce frere Vincent, religieux dominicain, lecteur et predicateur de saint Louis, avoit ete invite par ce prince a entreprendre differens ouvrages, qu’en effet il mit au jour, et qui aujourd’hui forment une collection considerable. De ce nombre est une longue et lourde compilation historique, sous le titre de Speculum historiale, dans laquelle il a fait entrer et il a fondu, comme je viens de le dire, la relation de notre voyageur. Pour rendre celle-ciplus interessante et plus complete, il y a joint, par une idee assez heureuse, certains details particuliers que lui fournit son confrere Simon de Saint-Quentin, l’un des associes d’Ascelin dans la seconde ambassade. Ayant eu occasion de voir Simon a son retour de Tartarie, il apprit de lui beaucoup de choses


