Ces circonstances nous ont ete transmises par les historiens du temps. Pour lui, il n’a rien laisse sur sa mission. On diroit qu’il en a eu honte.
Louis avoit ete assez grossierement dupe pour partager un peu ce sentiment, ou pour en tirer au moins une lecon de prudence. Et neanmoins tres-peu d’annees apres il se laissa tromper encore: c’etoit en 1253; et il se trouvoit alors en Asie.
Quoique au sortir de sa prison d’Egypte tout lui fit une loi de retourner en France, ou il avoit tant de plaies a fermer et tant de larmes a tarir, une devotion mal eclairee l’avoit conduit en Palestine. La, sans songer ni a ses sujets ni a ses devoirs de roi, non seulement il venoit de perdre deux annees, presque uniquement occupe de pelerinages; mais malgre l’epuisement des finances de son royaume, il avoit depense des sommes tres-considerables a relever et a fortifier quelques bicoques que les chretiens de ces contrees y possedoient encore.
Pendant ce temps, le bruit courut qu’un prince Tartare nomme Sartach avoit embrasse le christianisme. Le bapteme d’un prince infidele etoit pour Louis une de ces beatitudes au charme desquelles il ne savoit pas resister. Il resolut d’envoyer une ambassade a Sartach pour le feliciter, comme il en avoit envoye une a Ercalthay. Sa premiere avoit ete confiee a des Freres-precheurs; il nomma, pour celle-ci, des Franciscains, et pour chef frere Guillaume Rubruquis. Deja Innocent avoit de meme donne successivement une des deux siennes a l’un des deux autres. Suivre cet exemple etoit pour Louis une grande jouissance. Il avoit pour l’un et pour l’autre une si tendre affection, que tout son voeu, disoit-il, eut ete de pouvoir se partager en deux, afin de donner a chacun des deux une moitie de luimeme.
Rubruquis, rendu pres de Sartach, put s’y convaincre sans peine combien etoient fabuleux les contes que de temps en temps les chretiens orientaux faisoient courir sur ces pretendues conversions de princes Tartares. Pour ne pas perdre tout-a-fait le fruit de son voyage il sollicita pres de ce chef la permission de precher l’evangile dans ses etats. Sartach repondit qu’il n’osoit prendre sur lui une chose aussi extraordinaire; et il envoya le convertisseur a son pere Baathu, qui le renvoya au grand Kan.


