The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10 eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 429 pages of information about The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10.

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La table etoit carree.  La coutume est qu’on n’y apporte qu’un plat a la fois, et que celui qui s’en trouve le plus voisin en goute le premier.  Cet usage tient lieu d’essai. [Footnote:  Chez les souverains on faisoit l’essai des viandes a mesure qu’on les leur servoit, et il y avoit un officier charge de cette fonction qui, dans l’origine, avoit ete une precaution prise contre le poison.] On servit chair et poisson, et sur-tout beaucoup de differentes viandes fort epicees, mais toujours plat a plat.

Apres le diner on me mena voir les danses chez madame la duchesse.  Elle me donna un chapeau de fil d’or et de soie, un anneau et un diamant pour mettre sur ma tete, selon la coutume du pays.  Il y avoit la beaucoup de noblesse en hommes et en femmes; j’y vis des gens tres-aimables, et les plus beaux cheveux qu’on puisse porter.

Quand j’eus ete la quelque temps, un gentilhomme nomme Payser, qui, bien qu’il ne fut qu’ecuyer, [Footnote:  Qui n’etoit pas encore chevalier.] etoit chambellan et garde des joyaux de mondit seigneur d’Autriche, vint de sa part me prendre pour me les montrer.  Il me fit voir la couronne de Boheme, qui a d’assez belles pierreries, et entr’autres un rubis, le plus considerable que j’aie vu.  Il m’a paru plus gros qu’une grosse datte; mais il n’est point net, et offre quelques cavites dans le fond desquelles on apercoit des taches noires.

De la ledit garde me mena voir les waguebonnes, [Footnote:  Waguebonne, sorte de chariot ou de tour ambulante pour les combats.] que mondit seigneur avoit fait construire pour combattre les Bohemiens.  Je n’en vis aucun qui put contenir plus de vingt hommes; mais on me dit qu’il y en avoit un qui en porteroit trois cents, et auquel il ne falloit pour le trainer que dix-huit chevaux.

Je trouvai a la cour monseigneur de Valse, gentil chevalier, et le plus grand seigneur de l’Autriche apres le duc; j’y vis messire Jacques Trousset, joli chevalier de Zoave (Souabe):  mais il y en avoit un autre, nomme le Chant, echanson ne de l’Empire, qui, ayant perdu a la bataille de Bar un sien frere et plusieurs de ses amis, et sachant que j’etois a monseigneur le duc, me fit epier pour savoir le jour de mon depart et me saisir en Baviere lorsque j’y passerois.  Heureusement pour moi monseigneur d’Autriche fut instruit de son projet.  Il le congedia, et me fit rester a Vienne plus que je ne comptois, pour attendre le depart de monseigneur de Valse et de messire Jacques, avec lesquels je partis.

Pendant mon sejour j’y vis trois de ces joutes dont j’ai parle, a petits chevaux et a selles basses.  L’une eut lieu a la cour, et les deux autres dans les rues; mais a celles-ci, plusieurs de ceux qui furent renverses tomberent si lourdement qu’ils se blesserent avec danger.

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