The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10 eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 429 pages of information about The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10.

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D’abord je criai et me fachai beaucoup.  Mais il y avoit la un esclave Turc, l’un de ceux du fils aine, homme de poids et d’environ cinquante ans, qui, m’entendant et voyant que je ne parlois pas bien la langue, me prit par la main et me conduisit a la porte du caravanserai.  La il me demanda en Italien qui j’etois.  Je fus stupefait d’entendre ce langage dans sa bouche.  Je repondis que j’etois Franc.  “D’ou venez-vous? ajouta-t-il.—­De Damas, dans la compagnie d’Hoyarbarach, et je vais a Bourse retrouver un de mes freres.—­Eh bien, vous etes un espion, et vous venez chercher ici des renseignemens sur le pays.  Si vous ne l’etiez pas, n’auriez-vous pas du prendre la mer pou; retourner chez vous?”

Cette inculpation a laquelle je ne m’attendois pas m’interdit; je repondis cependant que les Venitiens et les Genois se faisoient sur mer une guerre si acharnee que je n’osois m’y risquer.  Il me demanda d’ou j’etois.  Du royaume de France, repartis-je.  Etes-vous des environs de Paris? reprit il.  Je dis que non, et je lui demandai a mon tour s’il connoissoit Paris.  Il me repondit qu’il y avoit ete autrefois avec un capitaine nomme Bernabo.  “Croyez-moi, ajouta-t-il, allez dans le caravanserai chercher votre cheval, et amenez-le moi ici; car il y a la des esclaves Albaniens qui acheveroient de vous prendre ce qu’il porte encore.  Tandis que je le garderai, vous irez dejeuner, et vous ferez pour vous et pour lui une provision de cinq jours, parce que vous serez cinq journees sans rien trouver.”

Je profitai du conseil; j’allai m’approvisionner, et je dejeunai avec d’autant plus de plaisir que depuis deux jours je n’avois goute viande, et que je courois risque de n’en point tater encore pendant cinq jours.

Sorti du caravanserai, je pris le chemin de Bourse, et laissai a gauche, entre l’occident et le midi, celui de Troie-la-Grant. [Footnote:  L’auteur, en donnant ici a la fameuse Troie la denomination de grande, ne fait que suivre l’usage de son siecle.  La historiens et les romanciers du temps la designoient toujours ainsi, “histoire de Troye-la-Grant,” “destruction de Troie-la-Grant,” etc.] Il y a d’assez hautes montagnes, et j’en eus plusieurs a passer.  J’eus aussi deux journees de forets, apres quoi je traversai une belle plaine dans laquelle il y a quelques villages assez bons pour le pays.  A demi-journee de Bourse il en est un ou nous trouvames de la viande et du raisin; ce raisin etoit aussi frais qu’au temps des vendanges:  ils savent le garder ainsi toute l’annee; c’est un secret qu’ils ont.  Les Turcs m’y regalerent de roti; mais il n’etoit pas cuit a moitie.  A mesure que la viande se rotissoit, nous la coupions a la broche par tranches.  Nous eumes aussi du kaymac; c’est de la creme de buffle.  Elle etoit si bonne et si douce, et j’en mangeai tant que je manquai d’en crever.

Ayant d’entrer dans le village nous vimes venir a nous un Turc de Bourse qui etoit envoye a l’epouse de Hoyarbarach pour lui annoncer la mort de son pere.  Elle temoigna une grande douleur, et ce fut a cette occasion que s’etant decouvert le visage, j’eus le plaisir de la voir; ce qui ne m’etoit pas encore arrive de toute-la route.  C’etoit une fort belle femme.

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