The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10 eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 429 pages of information about The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10.

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De ce lieu je vins a Karassar en deux jours.  Carassar, en langue Turque, signifie pierre noire.  C’est la capitale de ce pays, dont s’est empare de force Amurat-Bey.  Quoiqu’elle ne soit point fermee, elle est marchande, et a un des plus beaux chateaux que j’aie vus, quoiqu’il n’ait que de l’eau de citerne.  Il occupe la cime d’une haute roche, si bien arrondie qu’on la croiroit taillee au ciseau.  Au bas est la ville, qui l’entoure de trois cotes; mais elle est a son tour enveloppee, ainsi que lui, par une montagne en croissant, depuis grec jusqu’a mestre (depuis le nord-est jusqu’au nord-ouest).  Dans le reste de la circonference s’ouvre une plaine que traverse une riviere.  Il y avoit peu de temps que les Grecs s’etoient empares de ce lieu; mais ils l’avoient perdu par leur lachete.

On y apprete les pieds de mouton avec une perfection et une proprete que je n’ai vues nulle part.  Je m’en regalai d’autant plus volontiers que depuis Couhongue je n’avois pas mange de viande cuite.  On y fait aussi, avec des noix vertes, un mets particulier.  Pour cela on les pele, on les coupe en deux, on les enfile avec une ficelle, et on les arrose de vin cuit, qui se prend tout autour et y forme une gelee comme de la colle.  C’est une nourriture assez agreable, sur-tout quand on a faim.  Nous fumes obliges d’y faire une provision de pain et de fromage pour deux jours; et je conviens que j’etois degoute de chair crue.

Ces deux jours furent employes a venir de Carassar a Cotthay.  Le pays est beau, bien arrose et garni de montagnes peu elevees.  Nous traversames un bout de foret qui me parut remarquable en ce qu’elle est composee entierement de chenes, et que ces arbres y sont plus gros, plus droits et plus hauts que ceux que j’avois ete a portee de voir jusque-la.  D’ailleurs ils n’ont, comme les sapins, de branches qu’a leurs cimes.

Nous vinmes loger dans un caravanserai qui etoit eloigne de toute habitation.  Nous y trouvames de l’orge et de la paille, et il eut ete d’autant plus aise de nous en approvisionner, qu’il n’y avoit d’autre gardien qu’un seul valet.  Mais on n’a rien de semblable a craindre dans ces lieux-la, et il n’est point d’homme assez hardi pour oser y prendre une poignee de marchandise sans payer.

Sur la route est une petite riviere renommee pour son eau Hoyarbarch alla en boire avec ses femmes; il voulut que j’en busse aussi, et lui-meme m’en presenta dans son gobelet de cuir.  C’etoit la premiere fois de toute la route qu’il me faisoit cette faveur.

Cotthay, quoique assez considerable, n’a point de murs; mais elle a un beau et grand chateau compose de trois forteresses placees l’une au-dessus de l’autre sur le penchant d’une montagne, lequel a une double enceinte.  C’est dans cette place qu’etoit le fils aine du grand-Turc.

La ville possede un caravanserai ou nous allames loger.  Deja il y avoit des Turcs, et nous fumes obliges d’y mettre tous nos chevaux pele-mele, selon l’usage; mais le lendemain matin, au moment ou j’appretois le mien pour partir, je m’apercus qu’on m’avoit pris l’une des courroies qui me servoit a attacher derriere ma selle le tapis et autres objets que je portois en trousse.

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