On fait aussi a Damas et dans le pays des miroirs d’acier qui grossissent les objets comme un miroir ardent. J’en ai vu qui, quand on les exposoit au soleil, percoient, a quinze ou seize pieds de distance, une planche et y mettoient le feu.
J’achetai un petit cheval, qui se trouva tres-bon. Avant de partir je le fis ferrer a Damas; et de la jusqu’a Bourse, quoiqu’il y ait pres de cinquante journees, je n’eus rien a fair a ses pieds, excepte a l’un de ceux de devant, ou il prit une enclosure qui trois semaines apres le fit boiter. Voici comme ils ferrent leurs chevaux.
Les fers sont legers, tres-minces, allonges sur les talons, et plus amincis encore la que vers la pince. Ils n’ont point de retour [Footnote: Je crois que par retour la Brocquiere a entendu ce crochet nomme crampon qui est aux notres, et qu’il a voulu dire que ceux de Damas etoient plats.] et ne portent que quartre trous, deux de chaque cote. Les clous sont carres, avec une grosse et lourde tete. Faut-il appliquer le fer: s’il est besoin qu’on le retravaille pour l’ajuster, on le bat a froid sans le mettre au feu, et on le peut a cause de son peu d’epaisseur. Pour parer le pied du cheval on se sert d’une serpette pareille a celle qui est d’usage en-de-ca de la mer pour tailler la vigne.
Les chevaux de ce pays n’ont que le pas et le galop. Quand on en achete, on choisit ceux qui ont le plus grand pas: comme en Europe on prend de preference ceux qui trottent le mieux. Ils ont les narines tres-fendues courent tres bien, sont excellens, et d’ailleurs coutent tres-peu, puisqu’ils ne mangent que la nuit, et qu’on ne leur donne qu’un peu d’orge avec de la paille picquade (hachee). Jamais ile ne boivent que l’apres-midi, et toujours, meme a l’ecurie, on leur laisse la bride en bouche, comme aux mules. La ils sont attaches par les pieds de derriere et confondus tous ensemble, chevaux et jumens. Tous sont hongres, excepte quelques’uns qu’on garde comme etalons. Si vous avez affaire a un homme riche, et que vouz alliez le trouver chez lui, il vous menera, pour vous parler, dans son ecurie: aussi sont-elles tenues tres-fraiches et tres-nettes.
Nous autres, nous aimons un cheval entier, de bonne race; les Maures n’estiment que les jumens. Chez eux, un grand n’a point honte de monter une jument que son poulain suit par derriere. [Footnote: Ce trait fait allusion aux prejuges alors en usage chez les chevaliers d’Europe. Comme ils avoient besoin, pour les tournois et les combats, de chevaux tres-forts, ils ne se servoient que de chevaux entiers, et se seroient crus deshonores de monter une jument.] J’en ai vu d’une grande beaute, et qui se vendoient jusqu’a deux et trois cents ducats. Au reste, leur coutume est de tenir leurs chevaux sur le maigre (de ne point les laisser engraisser).
Chez eux, les gens de bien (gens riches, qui ont du bien) portent tons, quand ils sont a cheval, un tabolcan (petit tambour), dont ils se servent dans les batailles et les escarmouches pour se rassembler et se rallier; ils l’attachent a arcon de leur selle, et le frappent avec une baguette de cuir plat. J’en achetai un aussi, avec des eperons et des bottes vermeilles qui montoient jusqu’aux genoux, selon la coutume du pays.


