La Légende des Siècles eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 268 pages of information about La Légende des Siècles.

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                               —­Vaillant homme,
  Vous etes dur et fort comme un Romain de Rome;
  Vous empoignez le pieu sans regarder aux clous;
  Gentilhomme de bien, cette ville est a vous!—­

Gerard de Roussillon regarda d’un air sombre
Son vieux gilet de fer rouille, le petit nombre
De ses soldats marchant tristement devant eux,
Sa banniere trouee et son cheval boiteux.

—­Tu reves, dit le roi, comme un clerc en Sorbonne. 
Faut-il donc tant songer pour accepter Narbonne?

  —­Roi, dit Gerard, merci, j’ai des terres ailleurs.—­

  Voila comme parlaient tous ces fiers batailleurs
  Pendant que les torrents mugissaient sous les chenes.

L’empereur fit le tour de tous ses capitaines;
Il appela les plus hardis, les plus fougueux,
Eudes, roi de Bourgogne, Albert de Perigueux,
Samo, que la legende aujourd’hui divinise,
Garin, qui, se trouvant un beau jour a Venise,
Emporta sur son dos le lion de Saint-Marc,
Ernaut de Bauleande, Ogier de Danemark,
Roger, enfin, grande ame au peril toujours prete. 
Ils refuserent tous.

                          Alors, levant la tete,
  Se dressant tout debout sur ses grands etriers,
  Tirant sa large epee aux eclairs meurtriers,
  Avec un apre accent plein de sourdes huees,
  Pale, effrayant, pareil a l’aigle des nuees,
  Terrassant du regard son camp epouvante,
  L’invincible empereur s’ecria: 
  —­Lachete! 
  O comtes palatins tombes dans ces vallees,
  O geants qu’on voyait debout dans les melees,
  Devant qui Satan meme aurait crie merci,
  Olivier et Roland, que n’etes-vous ici! 
  Si vous etiez vivants, vous prendriez Narbonne,
  Paladins! vous, du moins, votre epee etait bonne,
  Votre coeur etait haut, vous ne marchandiez pas! 
  Vous alliez en avant sans compter tous vos pas! 
  O compagnons couches dans la tombe profonde,
  Si vous etiez vivants, nous prendrions le monde! 
  Grand Dieu! que voulez-vous que je fasse a present? 
  Mes yeux cherchent en vain un brave au coeur puissant
  Et vont, tout effrayes de nos immenses taches,
  De ceux-la qui sont morts a ceux-ci qui sont laches! 
  Je ne sais point comment on porte des affronts
  Je les jette a mes pieds, je n’en veux pas!  Barons,
  Vous qui m’avez suivi jusqu’a cette montagne,
  Normands, Lorrains, marquis des marches d’Allemagne,
  Poitevins, Bourguignons, gens du pays Pisan,
  Bretons, Picards, Flamands, Francais, allez-vous-en! 
  Guerriers, allez-vous-en d’aupres de ma personne,
  Des camps ou l’on entend mon noir clairon qui sonne
  Rentrez dans vos logis, allez-vous-en chez vous,
  Allez-vous-en d’ici, car je vous chasse tous! 
  Je ne veux plus de vous!  Retournez chez vos femmes! 
  Allez vivre caches, prudents, contents, infames! 

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