La Légende des Siècles eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 268 pages of information about La Légende des Siècles.

La Légende des Siècles eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 268 pages of information about La Légende des Siècles.

L’empereur, souriant, reprit d’un air tranquille: 
—­Duc, tu ne m’as pas dit le nom de cette ville?

—­C’est Narbonne.

              —­Narbonne est belle, dit le roi,
  Et je l’aurai; je n’ai jamais vu, sur ma foi,
  Ces belles filles-la sans leur rire au passage,
  Et me piquer un peu les doigts a leur corsage.—­

Alors, voyant passer un comte de haut lieu,
Et qu’on appelait Dreus de Montdidier.—­Pardieu! 
Comte, ce bon duc Naymes expire de vieillesse! 
Mais vous, ami, prenez Narbonne, et je vous laisse
Tout le pays d’ici jusques a Montpellier;
Car vous etes le fils d’un gentil chevalier;
Votre oncle, que j’estime, etait abbe de Chelles;
Vous-meme etes vaillant; donc, beau sire, aux echelles! 
L’assaut!

             —­Sire empereur, repondit Montdidier,
  Je ne suis desormais bon qu’a congedier;
  J’ai trop porte haubert, maillot, casque et salade;
  J’ai besoin de mon lit, car je suis fort malade;
  J’ai la fievre; un ulcere aux jambes m’est venu;
  Et voila plus d’un an que je n’ai couche nu. 
  Gardez tout ce pays, car je n’en ai que faire.

L’empereur ne montra ni trouble ni colere. 
Il chercha du regard Hugo de Cotentin;
Ce seigneur etait brave et comte palatin.

  —­Hugues, dit-il, je suis aise de vous apprendre
  Que Narbonne est a vous; vous n’avez qu’a la prendre.

  Hugo de Cotentin salua l’empereur.

  —­Sire, c’est un manant heureux qu’un laboureur! 
  Le drole gratte un peu la terre brune ou rouge
  Et, quand sa tache est faite, il rentre dans son bouge. 
  Moi, j’ai vaincu Tryphon, Thessalus, Gaiffer;
  Par le chaud, par le froid, je suis vetu de fer;
  Au point du jour, j’entends le clairon pour antienne;
  Je n’ai plus a ma selle une boucle qui tienne;
  Voila longtemps que j’ai pour unique destin
  De m’endormir fort tard pour m’eveiller matin,
  De recevoir des coups pour vous et pour les votres,
  Je suis tres fatigue.  Donnez Narbonne a d’autres.

  Le roi laissa tomber sa tete sur son sein. 
  Chacun songeait, poussant du coude son voisin. 
  Pourtant Charle, appelant Richer de Normandie: 
  —­Vous etes grand seigneur et de race hardie,
  Duc; ne voudrez-vous pas prendre Narbonne un peu?

  —­Empereur, je suis duc par la grace de Dieu. 
  Ces aventures-la vont aux gens de fortune. 
  Quand on a ma duche, roi Charle, on n’en veut qu’une. 
  L’empereur se tourna vers le comte de Gand.

—­Tu mis jadis a bas Maugiron le brigand.  Le jour ou tu naquis sur la plage marine, L’audace avec le souffle entra dans ta poitrine; Bavon, ta mere etait de fort bonne maison; Jamais on ne t’a fait choir que par trahison; Ton ame apres la chute etait encor meilleure. je me rappellerai jusqu’a ma derniere heure L’air joyeux qui parut dans ton oeil hasardeux,
Copyrights
Project Gutenberg
La Légende des Siècles from Project Gutenberg. Public domain.