The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10 eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 429 pages of information about The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10.

The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10 eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 429 pages of information about The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10.

Elle commenca le soir, au coucher du soleil.  Des troupes nombreuses, eparses ca et la, chantoient et poussoient de grands cris.  Pendant ce temps on tiroit le canon du chateau, et les gens de la ville lancoient en l’air, bien haut et bien loin, une maniere de feu plus gros que le plus gros fallot que je visse oncques allume.  Ils me dirent qu’ils s’en servoient quelquefois a la mer pour bruler les voiles d’un vaisseau ennemi.  Il me semble que, comme c’est chose bien aisee et de une petite despense, on pourroit l’employer egalement, soit a consumer un camp ou un village couvert en paille, soit dans un combat de cavalerie, a epouvanter les chevaux.

Curieux d’en connoitre la composition, j’envoyai vers celui qui le faisoit le valet de mon hote, et lui fis demander de me l’apprendre.  Il me repondit qu’il n’oseroit, et que ce seroit pour lui une affaire trop dangereuse, si elle etoit sue; mais comme il n’est rien qu’un Maure ne fasse pour de l’argent, je donnai a celui-ci un ducat, et, pour l’amour du ducat, il m’apprit tout ce qu’il savoit, et me donna meme des moules en bois et autres ingrediens que j’ai apportes en France.

La veille de l’embarquement je pris a part messire Andre de Toulongeon, et apres lui avoir fait promettre qu’il ne s’opposeroit en rien a ce que j’allois lui reveler, je lui fis part du projet que j’avois forme de retourner par terre.  Consequemment a sa parole donnee, il ne tenta point de m’en empecher; mais il me representa tout ce que j’allois courir de dangers, et celui sur-tout de me voir contraint a renier la foi de Jesus-Christ.  Au reste j’avoue que ses representations etoient fondees, et que de tous les perils dont il me menacoit il n’en est point, excepte celui de renier, que je n’aie eprouves.  II engagea egalement ses camarades a me parler; mais ils eurent beau faire, je les laissai partir et demeurai.

Apres leur depart je visitai une mosquee qui jadis avoit ete une tres-belle eglise, batie, disoit-on, par sainte Barbe.  On ajoute que quand les Sarrasins s’en furent empares, et que leurs crieurs voulurent y monter pour annoncer la priere, selon leur usage, ils furent si battus que depuis ce jour aucun d’eux n’a ose y retourner.

II y a aussi un autre batiment miraculeux qu’on a change en eglise.  C’etoit auparavant une maison de Juifs.  Un jour que ces gens-la avoient trouve une image de Notre Seigneur, ils se mirent a la lapider, comme leurs peres jadis l’avoient lapide lui-meme; mais l’image ayant verse du sang, ils furent tellement effrayes du miracle, qu’ils se sauverent, allerent s’accuser a l’eveque, et donnerent meme leur maison en reparation du crime.  On en a fait une eglise, qui aujourd’hui est desservie par des cordeliers.

Je logeai chez un marchand Venitien nomme Paul Barberico; et comme je n’avois nullement renonce a mes deux pelerinages de Nazareth et du Thabor, malgre les obstacles que j’y avois rencontres et tout ce qu’on m’avoit dit pour m’en detourner, je le consultai sur ce double voyage.  Il me procura un moucre qui se chargea de me conduire, et qui s’engagea meme pardevant lui a me mener sain et sauf jusqu’a Damas, et a lui en rapporter un certificat signe par moi.  Cet homme me fit habiller en Sarrasin; car les Francs, pour leur surete, quand ils voyagent, ont obtenu du soudan de prendre en route cet habillement.

Copyrights
Project Gutenberg
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10 from Project Gutenberg. Public domain.