The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10 eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 429 pages of information about The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10.

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Nous voyageames ainsi deux journees dans le desert, sans y rien voir absolument qui merite d’etre raconte.  Seulement un matin, avant le lever du soleil, j’apercus courir un animal a quatre pattes, long de trois pieds environ, et qui n’avoit guere en hauteur plus qu’une palme.  A sa vue nos Arabes s’enfuirent, et la bete alla se cacher dans une broussaille qui se trouvoit la.  Messire Andre et Pierre de Vaudrey mirent pied a terre, et coururent a elle l’epee en main.  Elle se mit a crier comme un chat qui voit approcher un chien.  Pierre de Vaudrey la frappa sur le dos de la pointe de son epee; mais il ne lui fit aucun mal, parce qu’elle est couverte de grosses ecailles, comme un esturgeon.  Elle s’elanca sur messire Andre, qui d’un coup de la sienne lui coupa la cou en partie, la tourna sur le dos, les pieds en l’air, et la tua.  Elle avoit la tete d’un fort lievre, les pieds comme les mains d’un petit enfant, et une assez longue queue, semblable a celle des gros verdereaux (lezards verts).  Nos Arabes et notre trucheman nous dirent qu’elle etoit fort dangereuse. [Footnote:  D’apres la description vague que donne ici la Brocquiere, il paroit que l’animal dont il parle est le grand lezard appele monitor, parce qu’on pretend qu’il avertit da l’approche du crocodile.  Quant a la terreur qu’en avoient les Arabes, elle n’etoit point fondee.]

A la fin de la seconde journee je fus saisi d’une fievre ardente, si forte qu’il me fut impossible d’aller plus loin.  Mes quatre compagnons, bien desoles de mon accident, me firent monter un ane, et me recommanderent a un de nos Arabes, qu’ils chargerent de me reconduire a Gaza, s’il etoit possible.

Cet homme eut beaucoup soin de moi; ce qui ne leur est point ordinaire vis-a-vis des chretiens.  Il me tint fidele compagnie, et me mena le soir passer la nuit dans un de leurs camps, qui pouvoit avoir quatre-vingts et quelques tentes, rangees en forme de rues.  Ces tentes sont faites avec deux fourches qu’on plante en terre par leur gros bout a une certaine distance l’une de l’autre.  Sur les deux fourches est posee en traverse une perche et sur la perche une grosse couverture en laine ou en gros poil.

Quand j’arrivai, quatre ou cinq Arabes de la connoissance du mien vinrent au devant de nous.  Ils me descendirent de mon ane, me firent coucher sur un matelas que je portois, et la, me traitant a leur guise, ils me petirent et me pincerent tant avec les [Footnote:  C’est ce que nous appelons masser.  Cette methode est employee dans beaucoup de contrees de l’Orient pour certaines maladies.] mains que, de fatigue et de lassitude, je m’endormis et reposai six heures.

Pendant tout ce temps aucun d’eux ne me fit le moindre deplaisir, et ils ne me prirent rien.  Ce leur etoit cependant chose bien aisee; et je devois d’ailleurs les tenter, puisque je portois sur moi deux cents ducats, et que j’avois deux chameaux charges de provisions et de vin.

Je me remis en route avant le jour pour regagner Gaza:  mais quand j’y arrivai je ne retrouvai plus ni mes quatre compagnons, ni meme messire Sanson de Lalaing.  Tous cinq etoient retournes a Jerusalem, et ils avoient emmene avec eux le truceman.  Heureusement je trouvai un Juif Sicilien de qui je pus me faire entendre.  Il fit venir pres de moi un vieux Samaritain qui, par un remede qu’il me donna, appaisa la grande ardeur que j’endurois.

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