Le second est intitule: Libellus de Terra Sancta, editus a fratre Brocardo, Theutonico, ordinis fratrum predicatorum. A la fin de celui-ci on lit qu’il a ete ecrit par Jean Reginaldi, chanoine de Cambrai. Comme l’autre est incontestablement de la meme main, je de doute nullement qu’il ne soit aussi de Reginaldi.
Il me reste maintenant a faire connoitre notre troisieme ouvrage Francais, ce Voyage de la Brocquiere que je publie aujourd’hui.
L’auteur etoit gentilhomme, et l’on s’en apercoit sans peine quand il parle de chevaux, de chateaux forts et de joutes.
Sa relation n’est qu’un itineraire qui souvent, et surtout dans la description du pays, et des villes, presente un peu de monotonie et des formes peu variees; mais cet itineraire est interessant pour l’histoire et la geographie du temps. Elles y trouveront des materiaux tres-precieux, et quelquefois meme des tableaux et des apercus qui ne sont pas sans merite.
Le voyageur est un homme d’un esprit sage et sense, plein de jugement et de raison. On admirera l’impartialite avec laquelle il parle des nations infideles qu’il a occasion de connoitre, et specialement des Turcs, dont la bonne foi est bien superieure, selon lui, a celle de beaucoup de chretiens.
Il n’a guere de la superstition de son siecle que la devotion pour les pelerinages et les reliques; encore annonce-t-il souvent peu de foi sur l’authenticite des reliques qu’on lui montre.
Quant aux pelerinages, on verra en le lisant combien ils etoient multiplies en Palestine, et son livre sera pour nous un monument qui, d’une part, constatera l’aveugle credulite avec laquelle nos devots occidentaux avoient adopte ces pieuses fables; et de l’autre l’astuce criminelle des chretiens de Terre-Sainte, qui pour soutirer l’argent des croises et des pelerins, et se faire a leurs depens un revenu, les avoient imaginees.
La Brocquiere ecrit en militaire, d’un style franc et loyal qui annonce de la veracite et inspire la confiance; mais il ecrit avec negligence et abandon; de sorte que ses matieres n’ont pas toujours un ordre bien constant, et que quelquefois il commence a raconter un fait dont la suite se trouve a la page suivante. Quoique cette confusion soit rare, je me suis cru permis de la corriger et de rapprocher ce qui devoit etre reuni et ne l’etoit pas.
Notre manuscrit a, pour son orthographe, le defaut qu’ils ont la plupart, c’est que, dans certains noms, elle varie souvent d’une page a l’autre, et quelquefois meme dans deux phrases qui se suivent. On me blameroit de m’astreindre a ces variations d’une langue qui, alors incertaine, aujourd’hui est fixee. Ainsi, par exemple, il ecrit Auteriche, Autherice, Austrice, Ostrice. Je n’emploierai constamment que celui d’Autriche.
Il en sera de meme des noms dont l’orthographe ne varie point dans le manuscrit, mais qui en ont aujourd’hui une differente. J’ecrirai Hongrie, Belgrade, Bulgarie, et non Honguerie, Belgrado, Vulgarie.


