Je crois voir la preuve de cette assertion non seulement dans la beaute du manuscrit, et dans l’ecusson du prince, qui s’y trouve armorie en quatre endroits, et deux foix avec sa devise Aultre n’aray; mais encore dans la vignette d’un des deux frontispices, ainsi que dans la miniature de l’autre.
Cette vignette, qui est en tete du volume, represente Mielot a genoux, faisant l’offrande de son livre au duc, lequel est assis et entoure de plusieurs courtisans, dont trois portent, comme lui, le collier de la Toison.
Dans la miniature qui precede le Voyage, on voit la Brocquiere faire de la meme maniere son offrande. Il est en costume Sarrasin, ainsi qu’il a ete dit ci-dessus, et il a aupres de lui son cheval, dont j’ai parle.
Quant a ce duc Philippe qu’on surnomma le Bon, ce n’est point ici le lieu d’examiner s’il merita bien veritablement ce titre glorieux, et si l’histoire n’auroit pas a lui faire des reproches de plus d’un genre. Mais, comme litterateur, je ne puis m’empecher de remarquer ici, a l’honneur de sa memoire, que les lettres au moins lui doivent de la reconnoissance; que c’est un des princes qui, depuis Charlemagne jusqu’a Francois I’er, ait le plus fait pour elles; qu’au quinzieme siecle il fut dans les deux Bourgognes, et dans la Belgique sur-tout, ce qu’au quatorzieme Charles V. avoit ete en France; que comme Charles, il se crea une bibliotheque, ordonna des traductions et des compositions d’ouvrages, encouragea les savans, les dessinateurs, les copistes habile; enfin qu’il rendit peut-etre aux sciences plus de services reels que Charles, parce qu’il fut moins superstitieux.
Je donnerai, dans l’Histoire de la litterature Francaise, a laquelle je travaille, des details sur ces differens faits. J’en ai trouve des preuves multipliees dans les manuscrits, qui de la Belgique ont passe a la Bibliotheque nationale, ou, pour parler plus exactement, dans les manuscrits de la bibliotheque de Bruxelles, qui faisoient une des portions les plus considerables de cet envoi.
Cette bibliotheque, pour sa partie Francaise, qui est specialement confiee a ma surveillance, et qu’a ce titre j’ai parcourue presque en entier, etoit composee de plusieurs fonds particuliers, dont les principaux sont:
1 deg.. Un certain nombre de manuscrits qui precedemment avoient forme la bibliotheque de Charles V, celle de Charles VI, celle de Jean, duc de Berri, frere de Charles V, et qui pendant les troubles du royaume sous Charles VI, et dans les commencemens du regne de son fils, furent pilles et enleves par les ducs de Bourgogne. Ceux de Jean sont reconnoissables a sa signature, apposee par lui a la derniere page du volume et quelquefois en plusieurs autres endroits. On reconnoit ceux de deux rois a l’ecu de France blasonne qu’on y a peint, a leurs epitres dedicatoires, a leurs vignettes, qui representent l’offrande du livre fait au monarque, et le monarque revetu du manteau royal. Il en est d’autres, provenus


