The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10 eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 429 pages of information about The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10.

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D’ailleurs, au temps de Mandeville, c’etoit la langue Francaise qu’on parloit en Angleterre.  Cette langue y avoit ete portee par Guillaume-le-Conquerant.  On ne pouvoit enseigner qu’elle dans les ecoles.  Toutes les sentences des Tribunaux, tous les actes civils devoient etre en Francais; et quand Mandeville ecrivoit en Francais, il ecrivoit dans sa langue.  S’il se fut servi de la Latine, c’eut ete pour etre lu chez les nations qui ne connoissoient pas la notre.

A la verite, son Francais se ressent du sol.  Il a beaucoup d’anglicismes et de locutions vicieuses; et la raison n’en est pas difficile a deviner.  On sait que plus un ruisseau s’eloigne de sa source, et plus ses eaux doivent s’alterer.  Mais c’est la, selon moi, le moindre defaut de l’auteur.  Sans gout, sans jugement, sans critique, non seulement il admet indistinctement tous les contes et toutes les fables qu’il entend dire; mais il en forge lui-meme a chaque instant.

A l’entendre il s’embarqua l’an 1332, jour de Saint-Michel; il voyagea pendant trente-cinq ans, et parcourut une grande partie de l’Asie et de l’Afrique.  Eh bien, ayez comme moi le courage de le lire; et si vous lui accordez d’avoir vu peut-etre Constantinople, la Palestine et l’Egypte (ce que moi je me garderois bien de garantir), a coup sur au moin vous resterez convaincu que jamais i, ne mit le pied dans tous ces pays dont il parle a l’aveugle; Arabie, Tartarie, Inde, Ethiopie, etc. etc.

Au moins, si les fictions qu’il imagine offroient ou quelque agrement ou quelque interet! s’il ne faisoit qu’user du droit de mentir, dont se sont mis depuis si long-temps en possession la plupart des voyageurs!  Mais chez lui ce sont des erreurs geographiques si grossieres, des fables si sottes, des descriptions de peuples et de contrees imaginaires si ridicules, enfin des aneries si revoltantes, qu’en verite on ne sait quel nom lui donner.  Il en couteroit d’avoir a traiter de charlatan un ecrivain.  Que seroit-ce donc si on avoit a la qualifier de hableur effronte?  Cependant comment designer le voyageur qui nous cite des geans de trente pieds de long; des arbres dont les fruits se changent en oiseaux qu’on mange; d’autres arbes qui tous les jours sortent de terre et s’en elevent depuis le lever du soleil jusqu’a midi, et qui depuis midi jusqu’au soir y rentrent en entier; un val perilleux, dont il avoit pres la fiction dans nos vieux romans de chevalerie, val ou il dit avoir eprouve de telles aventures qu’infalliblement il y auroit peri si precedemment il n’auoit receu Corpus Domini (s’il n’avoit communie); un fleuve qui sort du paradis terrestre et qui, au lieu d’eau, roule des pierres precieuses; ce paradis qui, dit-il, est au commencement de la terre et place si haut qu’il touche de pres la lune; enfin mille autres impostures ou sottisses de meme espece, qui denotent non l’erreur de la betise et de la credulite, mais le mensonge de la reflexion et de la fraude?

Je regarde meme comme tels, ces trente-cinq ans qu’il dit avoir employes a parcourir le monde sans avoir songe a revenir dans sa patrie que quand enfin la goute vint le tourmenter.

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