The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10 eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 429 pages of information about The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10.

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D’ailleurs chacun d’eux porte attache a l’arcon de sa selle un tabolcan.  Si le chef ou quelqu’un des officiers s’apercoit que l’ennemi qui poursuit est en desordre, il frappe trois coups sur son instrument; chacun de son cote et de loin en loin en fait autant:  en un instant tous se rassemblent autour du chef, “comme pourceaux au cry l’un de l’autre,” et, selon les circonstances, ils recoivent en bon ordre les assaillans ou fondent sur eux par pelotons, on les attaquant de toutes parts.

Dans les batailles rangees ils emploient quelquefois une autre sorte de stratageme, qui consiste a jeter des feux a travers les chevaux de la cavalerie pour les epouvanter; souvent encore ils mettent en tete de leur ligne un grand nombre de chameaux ou de dromadaires forts et hardis; ils les chassent en avant sur les chevaux, et y jettent le desordre.

Telles sont les manieres de combattre que les Turcs ont jusqu’a present mises en usage vis-a-vis des chretiens.  Assurement je ne veux point en dire du mal ni les deprecier; j’avouerai au contraire que, dans le commerce de la vie, je les ai trouves francs et loyaux, et que dans les occasions ou il falloit du courage ils se sont bien montres:  mais cependant je n’en suis pas moins convaincu que, pour des troupes bien montees et bien commandees, ce seroit chose peu difficile de les battre; et quant a moi je declare qu’avec moitie moins de monde qu’eux je n’hesiterois pas a les attaquer.

Leurs armees, je le sais, sont ordinairement de cent a deux cent mille hommes; mais la plupart sont a pied, et la plupart manquent, comme je l’ai dit, de tarquais, de coiffe, de masse ou d’epee; fort peu ont une armure complete.

D’ailleurs ils ont parmi eux un tres-grand nombre de chretiens qui servent forcement:  Grecs, Bulgares, Macedoniens, Albanois, Esclavons, Valaques, Rasciens et autres sujets du despote de Rascie.  Tous ces gens-la detestent le Turc, parce qu’il les tient dans une dure servitude; et s’ils voyoient marcher en forces contre lui les chretiens, et sur-tout les Francais, je ne doute nullement qu’ils ne lui tournassent le dos et ne le grevassent beaucoup.

Les Turcs ne sont donc ni aussi terribles, ni aussi formidables que je l’ai entendu dire.  J’avoue pourtant qu’il faudroit contre eux un general bien obei, et qui voulut specialement prendre et suivre les avis de ceux qui connoissent leur maniere de faire la guerre.  C’est la faute que fit a Coulumbach, m’a-t-on-dit, l’empereur Sigismond lorsqu’il fut battu par eux.  S’il avoit voulu ecouter les conseils qu’on lui donna, il n’eut point ete oblige de lever honteusement le siege, puisqu’il y avoit vingt-cinq a trente mille Hongrois.  Ne vit-on pas deux cents arbaletriers Lombards et Genois arreter seuls l’effort des ennemis, les contenir, et favoriser sa retraite pendant qu’il s’embarquoit dans les galeres qu’il avoit sur le Danube; tandis que six mille Valaques, qui, avec le chevalier Polonois dont j’ai parle ci-dessus, s’etoient mis a l’ecart sur une petite hauteur, furent tous tailles en pieces?

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