The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10 eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 429 pages of information about The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10.

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Deux jours apres mon arrivee dans Belgrade j’y vis entrer vingt-cinq hommes armes a la maniere du pays, que le gouverneur comte Mathico y faisoit venir pour demeurer en garnison.  On me dit que c’etoient des Allemands pour garder la place, tandis qu’on avoit si pres des Hongrois, et des Serviens.  On me repondit que les Serviens, etant sujets et tributaires du Turc, on se garderoit bien de la leur confier; et que quant aux Hongrois, ils le redoutoient tant que s’il paroissoit, ils n’oseroient la defendre contre lui, quelque forte qu’elle fut.  Il falloit donc y appeler des etrangers; et cette mesure devenoit d’autant plus necessaire que c’etoit la seule place que l’empereur possedat pour passer sur l’autre rive du Danube, ou pour le repasser en cas de besoin.

Ce discours m’etonna beaucoup; il me fit faire des reflexions sur l’etrange sujettion ou le Turc tient la Macedoine et la Bulgarie, l’empereur de Constantinople et les Grecs, le despote de Rascie et ses sujets.  Cette dependance me parut chose lamentable pour la chretiente.  Et comme j’ai vecu avec les Turcs, que je connois leur maniere de vivre et de combattre, que j’ai hante des gens notables qui les ont vus de pres dans leurs grandes entreprises, je me suis enhardi a ecrire, selon mes lumieres, quelque chose sur eux, et a montrer, sauf correction de la part de ceux qui sont plus instruits que moi, comment il est possible de reprendre les etats dont ils se sont empares, et de les battre sur un champ de bataille.

Et d’abord, pour commencer par leur personnel, je dirai que ce sont d’assez beaux hommes, portant tous de longues barbes, mais de moyenne taille et de force mediocre.  Je sais bien que, dans le langage ordinaire, on dit fort comme un Turc; cependant j’ai vu une infinite de chretiens qui, dans les choses ou il faut de la force, l’emportoient sur eux; et moi-meme, qui ne suis pas des plus robustes, j’en ai trouve, lorsque les circonstances exigeoient quelque travail, de plus foibles que moi encore.

Ils sont gens diligens, se levent matin volontiers, et vivent de peu en compagne; se contentant de pain mal cuit, de chair crue sechee au soleil, de lait soit caille soit non caille, de miel, fromage, raisins, fruits, herbages, et meme d’une poignee de farine avec laquelle ils feront un brouet qui leur suffira pour un jour a six ou huit.  Ont-ils un cheval ou un chameau malade sans espoir de guerison, ils lui coupent la gorge et le mangent.  J’en ai ete temoin maintes fois.  Pour dormir ils ne sont point embarasses, et couchent par terre.

Leur habillement consiste en deux ou trois robes de coton l’une sur l’autre, et qui descendent jusqu’aux pieds.  Par-dessus celles-la ils en portent, en guise de manteau, une autre de feutre qu’on nomme capinat.  Le capinat, quoique leger, resiste a la pluie, et il y en a de tres-beaux et de tres-fins.  Ils ont des bottes qui montent jusqu’aux genoux, et de grandes braies (calecons), qui pour les uns sont de velours cramoisi, pour d’autres de soie, de futaine, d’etoffes communes.  En guerre ou en route, pour n’etre point embarrasses de leurs robes, ils les relevent et les enferment dans leurs calecons; ce qui leur permet d’agir librement.

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