The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10 eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 429 pages of information about The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10.

The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10 eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 429 pages of information about The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10.

Nous avions fait peu de chemin, quand nous vimes venir a nous deux Arabes armes a leur maniere et montes sur de superbes chevaux.  Le moucre, en les voyant, eut grande peur.  Heureusement ils passerent sans nous rien dire; mais il m’avoua que, s’ils m’eussent soupconne d’etre chretien, nous etions perdus, et qu’ils nous eussent tues tous deux sans remission, ou pour le moins depouilles en entier.

Chacun d’eux portoit une longue et mince perche ferree par les deux bouts, don’t l’un etoit tranchant, l’autre arrondi, mais garni de plusieurs taillans, et long d’un empan.  Leur ecu (bouclier) etoit rond, selon leur usage, convexe dans la partie du milieu, et garni au centre d’une grosse pointe de fer; mais depuis cette pointe jusqu’au bas il etoit orne de longues franges de soie.  Ils avoient pour vetement des robes dont les manches, larges de plus d’un pied et demi, depassoient leur bras, et pour toque un chapeau rond termine en pointe, de laine cramoisie, et velu; mais ce chapeau, au lieu d’avoir sa toile tortillee tout autour, comme l’ont les autres Maures, l’avoit pendante fort bas des deux cotes, dans toute sa largeur.

Nous allames de la loger a Samarie, parce que je voulois visiter la mer de Tabarie (lac de Tiberiade), ou l’on dit que saint Pierre pechoit ordinairement, et y a aucuns (quelques) pardons; c’etoient les quatre-temps de Septembre.  Le moucre me laissa seul toute la journee.  Samarie est situee sur la pointe d’une montagne.  Nous n’y entrames qu’a la chute de jour, et nous en sortimes a minuit pour nous rendre au lac.  Le moucre avoit prefere cette heure, afin d’esquiver le tribut que paient ceux qui s’y rendent; mais la nuit m’empecha de voir le pays d’alentour.

J’allai ensuite au puits qu’on nomme puits de Jacob, parce que Jacob y fut jete par ses freres.  Il y a la une belle mosquee, dans laquelle j’entrai avec mon moucre, parce que je feignis d’etre Sarrasin.

Plus loin est un pont de pierre sur lequel on passe le Jourdain, et qu’on appelle le pont de Jacob, a cause d’une maison qui s’y trouve, et qui fut, dit-on, celle de ce patriarche.  Le fleuve sort d’un grand lac situe au pied d’une montagne vers le nordouest (nord-ouest), et sur la montagne est un beau chateau possede par Nancardin.

Du lac je pris le chemin de Damas.  Le pays est assez agreable, et quoiqu’on y marche toujours entre deux rangs de montagnes, il a constamment une ou deux lieues de large.  Cependant on y trouve un endroit fort etrange.  La le chemin est reduit uniquement a ce qu’il faut pour le passage des chevaux tout le reste, a gauche, dans une largeur et une longueur d’une lieue environ, ne presente qu’un amas immense de cailloux pareils a ceux de riviere, et dont la plupart sont gros comme des queues de vin.

Au debouche de ce lieu est un tres-beau kan, entoure de fontaines et de ruisseaux.  A quatre ou cinq milles de Damas il y en a un autre, le plus magnifique que j’aie vu de ma vie.  Celui-ci est pres d’une petite riviere formee par des sources; et en general plus on approche de la ville et plus le pays est beau.

Copyrights
Project Gutenberg
The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10 from Project Gutenberg. Public domain.