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This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 177 pages of information about La Lgende des Sicles.

  Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,
  Booz, les yeux fermes, gisait sous la feuillee;
  Or, la porte du ciel s’etant entre-baillee
  Au-dessus de sa tete, un songe en descendit.

  Et ce songe etait tel, que Booz vit un chene
  Qui, sorti de son ventre, allait jusqu’au ciel bleu;
  Une race y montait comme une longue chaine;
  Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.

  Et Booz murmurait avec la voix de l’ame
  ’Comment se pourrait-il que de moi ceci vint? 
  Le chiffre de mes ans a passe quatre vingt,
  Et je n’ai pas de fils, et je n’ai plus de femme.

  ’Voila longtemps que celle avec qui j’ai dormi,
  O Seigneur! a quitte ma couche pour la votre;
  Et nous sommes encor tout meles l’un a l’autre,
  Elle a demi vivante et moi mort a demi.

  ’Une race naitrait de moi!  Comment le croire? 
  Comment se pourrait-il que j’eusse des enfants? 
  Quand on est jeune, on a des matins triomphants,
  Le jour sort de la nuit comme d’une victoire;

  ’Mais, vieux, on tremble ainsi qu’a l’hiver le bouleau. 
  Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,
  Et je courbe, o mon Dieu! mon ame vers la tombe,
  Comme un boeuf ayant soif penche son front vers l’eau.’

  Ainsi parlait Booz dans le reve et l’extase,
  Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyes;
  Le cedre ne sent pas une rose a sa base,
  Et lui ne sentait pas une femme a ses pieds.

  Pendant qu’il sommeillait, Ruth, une moabite,
  S’etait couchee aux pieds de Booz, le sein nu,
  Esperant on ne sait quel rayon inconnu,
  Quand viendrait du reveil la lumiere subite.

  Booz ne savait point qu’une femme etait la,
  Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d’elle,
  Un frais parfum sortait des touffes d’asphodele;
  Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

  L’ombre etait nuptiale, auguste et solennelle;
  Les anges y volaient sans doute obscurement,
  Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
  Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

  La respiration de Booz qui dormait,
  Se melait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse. 
  On etait dans le mois ou la nature est douce,
  Les collines ayant des lis sur leur sommet.

  Ruth songeait et Booz dormait; l’herbe etait noire;
  Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement;
  Une immense bonte tombait du firmament;
  C’etait l’heure tranquille ou les lions vont boire.

  Tout reposait dans Ur et dans Jerimadeth;
  Les astres emaillaient le ciel profond et sombre;
  Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l’ombre
  Brillait a l’occident, et Ruth se demandait,

  Immobile, ouvrant l’oeil a moitie sous ses voiles,
  Quel dieu, quel moissonneur de l’eternel ete
  Avait, en s’en allant, negligemment jete
  Cette faucille d’or dans le champ des etoiles.

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