La Légende des Siècles eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 268 pages of information about La Légende des Siècles.

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Par deux mille canons brusquement empourpre. 
Il meprisait l’autan, le flux, l’eclair, la brume. 
A son avant tournait, dans un chaos d’ecume,
Une espece de vrille a trouer l’infini. 
Le Maelstroem s’apaisait sous sa quille aplani. 
Sa vie interieure etait un incendie,
Flamme au gre du pilote apaisee ou grandie;
Dans l’antre d’ou sortait son vaste mouvement,
Au fond d’une fournaise on voyait vaguement
Des etres tenebreux marcher dans des nuees
D’etincelles, parmi les braises remuees;
Et pour ame il avait dans sa cale un enfer. 
Il voguait, roi du gouffre, et ses vergues de fer
Ressemblaient, sous le ciel redoutable et sublime,
A des spectres poses en travers de l’abime;
Ainsi qu’on voit l’Etna l’on voyait le steamer;
Il etait la montagne errante de la mer. 
Mais les heures, les jours, les mois, les ans, ces ondes,
Ont passe; l’ocean, vaste entre les deux mondes,
A rugi, de brouillard et d’orage obscurci;
La mer a ses ecueils caches, le temps aussi;
Et maintenant, parmi les profondeurs farouches,
Sous les vautours, qui sont de l’abime les mouches,
Sous le nuage, au gre des souffles, dans l’oubli
De l’infini, dont l’ombre affreuse est le repli,
Sans que jamais le vent autour d’elle s’endorme,
Au milieu des flots noirs roule l’epave enorme!

  L’ancien monde, l’ensemble etrange et surprenant
  De faits sociaux, morts et pourris maintenant,
  D’ou sortit ce navire aujourd’hui sous l’ecume,
  L’ancien monde aussi, lui, plonge dans l’amertume,
  Avait tous les fleaux pour vents et pour typhons. 
  Construction d’airain aux etages profonds,
  Sur qui le mal, flot vil, crachait sa bave infame,
  Plein de fumee, et mu par une hydre de flamme,
  La Haine, il ressemblait a ce sombre vaisseau.

  Le mal l’avait marque de son funebre sceau.

  Ce monde, enveloppe d’une brume eternelle,
  Etait fatal:  l’Espoir avait plie son aile;
  Pas d’unite, divorce et joug; diversite
  De langue, de raison, de code, de cite;
  Nul lien; nul faisceau; le progres solitaire,
  Comme un serpent coupe, se tordait sur la terre,
  Sans pouvoir reunir les troncons de l’effort;
  L’esclavage, parquant les peuples pour la mort,
  Les enfermait au fond d’un cirque de frontieres
  Ou les gardaient la Guerre et la Nuit, bestiaires;
  L’Adam slave luttait contre l’Adam germain;
  Un genre humain en France; un autre genre humain
  En Amerique, un autre a Londre, un autre a Rome;
  L’homme au dela d’un pont ne connaissait plus l’homme;
  Les vivants, d’ignorance et de vices charges,
  Se trainaient; en travers de tout, les prejuges,
  Les superstitions etaient d’apres enceintes
  Terribles d’autant plus qu’elles etaient plus saintes;
  Quel creneau soupconneux et noir qu’un alcoran! 
  Un texte avait le glaive au poing comme un tyran;

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