The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10 eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 429 pages of information about The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10.

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Mon mamelouck venoit de recontrer aussi cinq ou six de ses compatriotes.  C’etoient de jeunes esclaves Circassiens que l’on conduisoit au soudan.  Il voulut a leur passage les regaler; et comme il avoit appris qu’il se trouvoit a Larande des chretiens, et qu’il soupconnoit qu’ils auroient du vin, il me pria de lui en procurer.  Je cherchai tant que, moyennant la moitie d’un ducat, je trouvai a en acheter demi-peau de chevre (une demi-outre), et je la lui donnai.

Il montra en la recevant une joie extreme, et alla aussitot trouver ses camarades, avec lesquelles il passa la nuit tout entiere a boire.  Pour lui, il en prit tant que le lendemain, dans la route, il manqua d’en mourir; mais il se guerit par une methode qui leur est propre:  dans ces cas-la, ils ont une tres-grande bouteille pleine d’eau, et a mesure que leur estomac se vide et se debarrasse, ils boivent de l’eau tant qu’ils peuvent en avaler, comme s’ils vouloient rincer une bouteille, puis ils la rendent et en avalent d’autre.  Il employa ainsi a se laver tout le temps de la route jusqu’a midi, et il fut gueri entierement.

De Larande nous allames a Qulongue, appelee par les Grecs Quhonguopoly. [Footnote:  Plus bas le copiste a ecrit Quohongue et Quhongue.  J’ecrirai desormais Couhongue.] Il y a d’un lien a l’autre deux journees.  Le pays est beau et bien garni de villages; mais il manque d’eau, et n’a, ni d’autres arbres que ceux qu’on a plantes pres des habitations pour avoir du fruit, ni d’autre riviere que celle qui coule pres de la ville.

Cette ville, grande, marchande, defendue par des fosses en glacis et par de bonnes murailles garnies de tours, est la meilleure qu’ait le karman.  Il lui reste un petit chateau.  Jadis elle en avoit un tres-fort, qui etoit construit au centre.  On l’a jete bas pour y batir le palais du roi. [Footnote:  L’auteur, d’apres ses prejuges Europeens, emploie ici le mot roi pour designer le prince, le souverain du pays.]

Je restai la quatre jours, afin de donner le temps a l’ambassadeur de Cypre, et a la caravane d’arriver.  Il arriva, ainsi qu’elle.  Alors j’allai demander a l’ambassadeur que, quand il iroit saluer le karman, il me permit de me joindre a sa suite, et il me promit.  Cependant il avoit parmi ses esclaves quatre Grecs de Cypre renegats, dont l’un etoit son huissier d’armes, et qui tous quatre firent aupres de lui des efforts pour l’en detourner; mais il leur repondit qu’il n’y voyoit point d’inconvenient:  d’ailleurs j’en avois temoigne tant d’envie qu’il se fit un plaisir de m’obliger.

On vint le prevenir de l’heure a laquelle il pourroit faire sa reverence au roi, lui exposer le sujet de son ambassade, et offrir ses presens; car c’est une coutume au-dela des mers qu’on ne paroit jamais devant un prince sans en apporter quelques-uns.  Les siens etoient six pieces de camelot de Cypre, je ne sais combien d’aunes d’ecarlate, une quarantaine de pains de sucre, un faucon pelerin et deux arbaletes, avec une douzaine de vires. [Footnote:  Vives, grosses fleches qu se lancoient avec l’arbalete.]

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