The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10 eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 429 pages of information about The Principal Navigations, Voyages, Traffiques and Discoveries of the English Nation — Volume 10.

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J’achetai aussi des poucons [Footnote:  Sorte de doigtier qu’on mettoit au pouce, afin de le garantir et de le defendra de l’impression de la corde.] pour tirer de l’arc, un tarquais nouveau tout garni, pour epargner le mien, qui etoit tres-beau, et que je voulois conserver; enfin un capinat:  c’est une robe de feutre, blanche, tres-fine, et impenetrable a la pluie.

En route je m’etois lie avec quelques-uns de mes compagnons de caravane.  Ceux ci, quand ils surent que j’etois loge chez un Franc, vinrent me trouver pour me demander de leur procurer du vin.  Le vin leur est defendu par leur loi, et ils n’auroient ose en boire devant les leurs; mais ils esperoient le faire sans risque chez un Franc, et cependant ils revenoient de la Mecque.  J’en parlai a mon hote Laurent, qui me dit qu’il ne l’oseroit, parce que, si la chose etoit sue, il courroit les plus grands dangers.  J’allai leur rendre cette reponse; mais ils en avoient deja cherche ailleurs, et venoient d’en trouver chez un Grec.  Ils me proposerent donc, soit par pure amitie, soit pour etre autorise, aupres du Grec a boire, d’aller avec eux chez lui, et je les y accompagnai.

Cet homme nous conduisit dans une petite galerie, ou nous nous assimes par terre, en cercle, tous les six.  Il posa d’abord au milieu de nous un grand et beau plat de terre, qui eut pu contenir au moins huit lots (seize pintes); ensuite il apporta pour chacun de nous un pot plein de vin, le versa dans le vase, et y mit deux ecuelles de terre qui devoient nous servir de gobelets.

Un de la troupe commenca la premier, et il but a son compagnon, selon l’usage du pays.  Celui-ci en fit de meme pour son suivant, et ainsi des autres.  Nous bumes de cette maniere, et sans manger, pendant fort long-temps.  Enfin, quand je m’apercus que je ne pouvois pas continuer davantage sans m’incommoder, je les suppliai a mains jointes de m’en dispenser; mais ils se facherent beaucoup, et se plaignirent, comme si j’avois resolu d’interrempre leurs plaisirs et de leur faire tort.

Heureusement il yen avoit un parmi eux qui etoit plus lie avec moi, et qui m’aimoit tant qu’il m’appeloit kardays, c’est-a-dire frere.  Celui-ci s’offrit a prendre ma place, et a boire pour moi quand ce seroit mon tour.  Cette offre les satisfit; ils l’accepterent, et la partie continua jusqu’au soir, ou-il nous fallut retourner au kan.

Le chef etoit en ce moment assis sur un siege de pierre, et il avoit devant lui un fallot allume.  Il ne lui fut pas difficile de diviner d’ou nous venions:  aussi y eut-il quatre de mes camarades qui s’esquiverent; il n’en resta qu’un avec moi.  Je dis tout ceci, afin de prevenir les personnes qui, demain ou un jour quelconque, voyageroient, ainsi que moi, dans leur pays, qu’elles se gardent bien de boire avec eux, a moins qu’elles ne veuillent etre obligees d’en prendre jusqu’a ce qu’elles tombent a terre.

Le mamelouck ne savoit rien de ma debauche.  Pendant ce temps il avoit achete une oie pour nous deux.  Il venoit de la faire bouillir, et, au defaut de verjus, il l’avoit accommodee avec des feuilles vertes de porreaux.  J’en mangeai avec lui, et elle nous dura trois jours.

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