Pélléas and Mélisande eBook

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Preface.

On m’a demande plus d’une fois si mes drames, de La Princesse Maleine a La Mort de Tintagiles, avaient ete reellement ecrits pour un theatre de marionettes, ainsi que je l’avais affirme dans l’edition originale de cette sauvage petite legende des malheurs de Maleine.  En verite, ils ne furent pas ecrits pour des acteurs ordinaires.  Il n’y avait la nul desir ironique et pas la moindre humilite non plus.  Je croyais sincerement et je crois encore aujourd’hui, que les poemes meurent lorsque des etres vivants s’y introduisent.  Un jour, dans un ecrit dont je ne retrouve plus que quelques fragments mutiles, j’ai essaye d’expliquer ces choses qui dorment, sans doute, au fond de notre instinct et qu’il est bien difficile de reveiller completement.  J’y constatais d’abord, qu’une inquietude nous attendait a tout spectacle auquel nous assistions et qu’une deception a peu pres ineffable accompagnait toujours la chute du rideau.  N’est-il pas evident que le Macbeth ou l’Hamlet que nous voyons sur la scene ne ressemble pas au Macbeth ou a l’Hamlet du livre?  Qu’il a visiblement retrograde dans le sublime?  Qu’une grande partie des efforts du poete qui voulait creer avant tout une vie superieure, une vie plus proche de notre ame, a ete annulee par une force ennemie qui ne peut se manifester qu’en ramenant cette vie superieure au niveau de la vie ordinaire?  Il y a peut-etre, me disais-je, aux sources de ce malaise, un tres ancien malentendu, a la suite duquel le theatre ne fut jamais exactement ce qu’il est dans l’instinct de la foule, a savoir:  le temple du Reve.  Il faut admettre, ajoutai-je, que le theatre, du moins en ses tendances, est un art.  Mais je n’y trouve pas la marque des autres arts.  L’art use toujours d’un detour et n’agit pas directement.  Il a pour mission supreme la revelation de i’infini et de la grandeur ainsi que la beaute secrete, de l’homme.  Mais montrer au doigt a l’enfant qui nous accompagne, les etoiles d’une unit de Juillet, ce n’est pas faire une oeuvre d’art.  Il faut que l’art agisse comme les abeilles.  Elles n’apportent pas aux larves de la ruche les fleurs des champs qui renferment leur avenir et leur vie.  Les larves mourraient sous ces fleurs sans se douter de rien.  Il faut que les abeilles nourricieres apportent a ces nymphes aveugles l’ame meme de ces fleurs, et c’est alors seulement qu’elles trouveront sans le savoir en ce miel mysterieux la substance des ailes qui un jour les emporteront a leur tour dans l’espace.  Or, le poeme etait une oeuvre d’art et portait ces obliques et admirables marques.  Mais la representation vient le contredire.  Elle chasse vraiment les cygnes du grand lac, et elle rejette les perles dans l’abime.  Elle remet les choses exactement au point ou elles etaient avant la venue du poete.  La densite mystique de l’oeuvre d’art a disparue.  Elle verse dans la meme erreur que celui qui apres avoir vante a ses auditeurs l’admirable Annonciation de Vinci, par exemple, s’imaginerait qu’il a fait penetrer dans leurs ames la beaute surnaturelle de cette peinture en reproduisant, en un tableau vivant, tous les details du grand chef-d’oeuvre florentin.

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