A Selection from the Comedies of Marivaux eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 327 pages of information about A Selection from the Comedies of Marivaux.

Vous le devinez.

LA COMTESSE.

Celui qui brule est un sot.  Je ne veux rien savoir de Paris.

LISETTE.

Ce n’est point de Paris:  votre conquete est dans le chateau.  Vous l’appellez benet; moi, je vais le flatter:  c’est un soupirant qui a l’air fort simple, un air de bon homme.  Y etes-vous?

LA COMTESSE.

Nullement.  Qui est-ce qui ressemble a celui-ci?

LISETTE.

Eh! le Marquis.

LA COMTESSE.

Celui qui est avec nous?

LISETTE.

Lui-meme.

LA COMTESSE.

Je n’avois garde d’y etre.[49] Ou as-tu pris son air simple et de bon homme?  Dis donc un air franc et ouvert, a la bonne heure:  il sera reconnoissable.

LISETTE.

Ma foi, Madame, je vous le rends comme je le vois.

LA COMTESSE.

Tu le vois tres mal, on ne peut pas plus mal:  en mille ans on ne le devineroit pas a ce portrait-la.  Mais de qui tiens-tu ce que tu me contes de son amour?

LISETTE.

De lui, qui me l’a dit; rien que cela.  N’en riez-vous pas?  Ne faites pas semblant de le savoir.  Au reste, il n’y a qu’a vous en defaire tout doucement.

LA COMTESSE.

Helas! je ne lui en veux point de mal.[50] C’est un fort honnete homme, un homme dont je fais cas, qui a d’excellentes qualites; et j’aime encore mieux que ce soit lui qu’un autre.  Mais ne te trompes-tu pas aussi?  Il ne t’aura peut-etre parle que d’estime:  il en a beaucoup pour moi, beaucoup; il me l’a marquee en mille occasions d’une maniere fort obligeante.

LISETTE.

Non, Madame, c’est de l’amour qui regarde vos appas; il en a prononce le mot sans bredouiller comme a l’ordinaire.  C’est de la flamme...  Il languit, il soupire.

LA COMTESSE.

Est-il possible?  Sur ce pied-la, je le plains, car ce n’est pas un etourdi:  il faut qu’il le sente, puisqu’il le dit; et ce n’est pas de ces gens-la dont[51] je me moque:  jamais leur amour n’est ridicule.  Mais il n’osera m’en parler, n’est-ce pas?

LISETTE.

Oh! ne craignez rien! j’y ai mis bon ordre:[52] il ne s’y jouera pas.[53]
Je lui ai ote toute esperance.  N’ai-je pas bien fait?

LA COMTESSE.

Mais oui, sans doute, oui, pourvu que vous ne l’ayez pas brusque, pourtant.  Il falloit y prendre garde:  c’est un ami que je veux conserver.  Et vous avez quelquefois le ton dur et reveche, Lisette; il valoit mieux le laisser dire.

LISETTE.

Point du tout.  Il vouloit que je vous parlasse en sa faveur.

LA COMTESSE.

Ce pauvre homme!

LISETTE.

Et je lui ai repondu que je ne pouvois pas m’en meler, que je me brouillerais avec vous si je vous en parlois, que vous me donneriez mon conge, que vous lui donneriez le sien.

LA COMTESSE.

Copyrights
Project Gutenberg
A Selection from the Comedies of Marivaux from Project Gutenberg. Public domain.