A Selection from the Comedies of Marivaux eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 327 pages of information about A Selection from the Comedies of Marivaux.

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Un mari? c’est un mari.  Vous ne deviez pas finir par ce mot-la; il me raccommode avec tout le reste.[30]

SCENE II.

M, ORGON, SILVIA, LISETTE.

M. ORGON.

Eh! bonjour, ma fille.  La nouvelle que je viens t’annoncer te fera-t-elle plaisir?  Ton pretendu arrive aujourd’hui; son pere me l’apprend par cette lettre-ci.  Tu ne me reponds rien; tu me parois triste.  Lisette de son cote baisse les yeux.  Qu’est-ce que cela signifie?  Parle donc, toi; de quoi s’agit-il?

LISETTE.

Monsieur, un visage qui fait trembler, un autre qui fait mourir de froid, une ame gelee qui se tient a l’ecart; et puis le portrait d’une femme qui a le visage abattu, un teint plombe, des yeux bouffis et qui viennent de pleurer; voila, Monsieur, tout ce que nous considerons avec tant de recueillement.

M. ORGON.

Que veut dire ce galimatias?  Une ame, un portrait!  Explique-toi donc:  je n’y entends rien.

SILVIA.

C’est que j’entretenois Lisette du malheur d’une femme maltraitee par son mari; je lui citois celle de Tersandre, que je trouvai l’autre jour fort abattue, parce que son mari venoit de la quereller; et je faisois la-dessus mes reflexions.

LISETTE.

Oui, nous parlions d’une physionomie qui va et qui vient; nous disions qu’un mari porte un masque avec le monde, et une grimace[31] avec sa femme.

M. ORGON.

De tout cela,[32] ma fille, je comprends que le mariage t’alarme, d’autant plus que tu ne connois point Dorante.

LISETTE.

Premierement, il est beau; et c’est presque tant pis.

M. ORGON.

Tant pis!  Reves-tu, avec ton tant pis?

LISETTE.

Moi, je dis ce qu’on m’apprend:  c’est la doctrine de Madame; j’etudie sous elle.

M. ORGON.

Allons, allons, il n’est pas question de tout cela.  Tiens, ma chere enfant, tu sais combien je t’aime.  Dorante vient pour t’epouser.  Dans le dernier voyage que je fis en province, j’arretai ce mariage-la avec son pere, qui est mon intime et mon ancien ami; mais ce fut a condition que[33] vous vous plairiez a tous deux et que vous auriez entiere liberte de vous expliquer la-dessus.  Je te defends toute complaisance a mon egard.  Si Dorante ne te convient point, tu n’as qu’a le dire, et il repart; si tu ne lui convenois pas, il repart de meme,

LISETTE.

Un duo de tendresse en decidera, comme a l’Opera:  “Vous me voulez, je vous veux; vite un notaire[34]!” ou bien:  “M’aimez-vous? non; ni moi non plus, vite a cheval!”

M. ORGON.

Pour moi, je n’ai jamais vu Dorante:  il etoit absent quand j’etois chez son pere; mais, sur tout le bien[35] qu’on m’en a dit, je ne saurois craindre que vous vous remerciiez[36] ni l’un ni l’autre.

SILVIA.

Je suis penetree de vos bontes, mon pere.  Vous me defendez toute complaisance, et je vous obeirai.

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