A Selection from the Comedies of Marivaux eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 327 pages of information about A Selection from the Comedies of Marivaux.

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DORANTE, feignant un peu d’embarras.

Il est vrai, Madame; il est fidele, mais peu exact.  Rarement, au reste, ces gens-la parlent-ils bien de ceux qu’ils ont servis.  Ne me nuiroit-il point dans votre esprit?

ARAMINTE, negligemment.

Celui-ci dit beaucoup de bien de vous, et voila tout.  Que me veut monsieur
Remy?

SCENE II.

ARAMINTE, DORANTE, M. REMY.

M. REMY.

Madame, je suis votre tres humble serviteur.  Je viens vous remercier de la bonte que vous avez eue de prendre mon neveu a ma recommandation.

ARAMINTE.

Je n’ai pas hesite, comme vous l’avez vu.

M. REMY.

Je vous rends mille graces.  Ne m’aviez-vous pas dit qu’on vous en offroit un autre?

ARAMINTE.

Oui, Monsieur.

M. REMY.

Tant mieux, car je viens vous demander celui-ci pour une affaire d’importance.

DORANTE, d’un air de refus.

Et d’ou vient,[75] Monsieur?

M. REMY.

Patience!

ARAMINTE.

Mais, monsieur Remy, ceci est un peu vif; vous prenez assez mal votre temps, et j’ai refuse l’autre personne.

DORANTE.

Pour moi, je ne sortirai jamais de chez Madame qu’elle ne me congedie.

M. REMY, brusquement.

Vous ne savez ce que vous dites.  Il faut pourtant sortir; vous allez voir.  Tenez, Madame, jugez-en vous-meme; voici de quoi il est question:  c’est une dame de trente-cinq ans, qu’on dit jolie femme, estimable, et de quelque distinction; qui ne declare pas son nom; qui dit que j’ai ete son procureur; qui a quinze mille livres de rente pour le moins, ce qu’elle prouvera; qui a vu Monsieur chez moi, qui lui a parle, qui sait qu’il n’a pas de bien, et qui offre de l’epouser sans delai; et la personne qui est venue chez moi de sa part doit revenir tantot pour savoir la reponse et vous mener tout de suite chez elle.  Cela est-il net?  Y a-t-il a se consulter la-dessus?  Dans deux heures il faut etre au logis.  Ai-je tort, Madame?

ARAMINTE, froidement.

C’est a lui de repondre.

M. REMY.

Eh bien!  A quoi pense-t-il donc?  Viendrez-vous?

DORANTE.

Non, Monsieur, je ne suis pas dans cette disposition-la.

M. REMY.

Hum!  Quoi?  Entendez-vous ce que je vous dis, qu’elle a quinze mille livres de rente, entendez-vous?

DORANTE.

Oui, Monsieur; mais, en eut-elle vingt fois davantage, je ne l’epouserois pas; nous ne serions heureux ni l’un ni l’autre; j’ai le coeur pris; j’aime ailleurs.

M. REMY, d’un ton railleur et trainant ses mots.

J’ai le coeur pris! voila qui est facheux!  Ah! ah! le coeur est admirable!  Je n’aurois jamais devine la beaute des scrupules de ce coeur-la, qui veut qu’on reste intendant de la maison d’autrui, pendant qu’on peut l’etre de la sienne.  Est-ce la votre dernier mot, berger fidele?

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