La Légende des Siècles eBook

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de sept mats. 
  Le colosse, echoue sur le ventre, fuit, plonge,
  S’engloutit, reparait, se meut comme le songe,
  Chaos d’agres rompus, de poutres, de haubans;
  Le grand mat vaincu semble un spectre aux bras tombants. 
  L’onde passe a travers ce debris; l’eau s’engage
  Et deferle en hurlant le long du bastingage,
  Et tourmente des bouts de corde a des crampons
  Dans le ruissellement formidable des ponts;
  La houle eperdument furieuse saccage
  Aux deux flancs du vaisseau les cintres d’une cage
  Ou jadis une roue effrayante a tourne. 
  Personne; le neant, froid, muet, etonne;
  D’affreux canons rouilles tendant leurs cous funestes;
  L’entre-pont a des trous ou se dressent les restes
  De cinq tubes pareils a des clairons geants,
  Pleins jadis d’une foudre, et qui, tordus, beants,
  Ployes, eteints, n’ont plus, sur l’eau qui les balance,
  Qu’un noir vomissement de nuit et de silence;
  Le flux et le reflux, comme avec un rabot,
  Denude a chaque coup l’etrave et l’etambot,
  Et dans la lame on voit se debattre l’echine
  D’une mysterieuse et difforme machine. 
  Cette masse sous l’eau rode, fantome obscur. 
  Des putrefactions fermentent, a coup sur,
  Dans ce vaisseau perdu sous les vagues sans nombre. 
  Dessus, des tourbillons d’oiseaux de mer; dans l’ombre,
  Dessous, des millions de poissons carnassiers. 
  Tout a l’entour, les flots, ces liquides aciers,
  Melent leurs tournoiements monstrueux et livides. 
  Des espaces deserts sous des espaces vides. 
  O triste mer! sepulcre ou tout semble vivant! 
  Ces deux athletes faits de furie et de vent,
  Le tangage qui brave et le roulis qui fume,
  Sans treve, a chaque instant arrachent quelque eclat
  De la quille ou du port dans leur noir pugilat. 
  Par moments, au zenith un nuage se troue,
  Un peu de jour lugubre en tombe, et, sur la proue,
  Une lueur, qui tremble au souffle de l’autan,
  Bleme, eclaire a demi ce mot:  LEVIATHAN. 
  Puis l’apparition se perd dans l’eau profonde;
  Tout fuit.

         Leviathan; c’est la tout le vieux monde,

Apre et demesure dans sa fauve laideur;
Leviathan, c’est la tout le passe:  grandeur,
Horreur.

         Le dernier siecle a vu sur la Tamise

Croitre un monstre a qui l’eau sans bornes fut promise,
Et qui longtemps, Babel des mers, eut Londre entier
Levant les yeux dans l’ombre au pied de son chantier. 
Effroyable, a sept mats melant cinq cheminees
Qui hennissaient au choc des vagues effrenees,
Emportant, dans le bruit des aquilons sifflants,
Dix mille hommes, fourmis eparses dans ses flancs,
Ce titan se rua, joyeux, dans la tempete;
Du dome de Saint-Paul son mat passait le faite;
Le sombre esprit humain, debout sur son tillac,
Stupefiait la mer qui n’etait plus qu’un
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