La Légende des Siècles eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 177 pages of information about La Lgende des Sicles.
est dur, mais c’est egal.—­
  Alors, tremblante ainsi que ceux qui font le mal,
  Elle dit:—­A propos, notre voisine est morte. 
  C’est hier qu’elle a du mourir, enfin, n’importe,
  Dans la soiree, apres que vous futes partis. 
  Elle laisse ses deux enfants, qui sont petits. 
  L’un s’appelle Guillaume et l’autre Madeleine;
  L’un qui ne marche pas, l’autre qui parle a peine. 
  La pauvre bonne femme etait dans le besoin.

  L’homme prit un air grave, et, jetant dans un coin
  Son bonnet de forcat mouille par la tempete: 
  —­Diable! diable! dit-il en se grattant la tete,
  Nous avions cinq enfants, cela va faire sept. 
  Deja, dans la saison mauvaise, on se passait
  De souper quelquefois.  Comment allons-nous faire? 
  Bah! tant pis! ce n’est pas ma faute.  C’est l’affaire
  Du bon Dieu.  Ce sont la des accidents profonds. 
  Pourquoi donc a-t-il pris leur mere a ces chiffons? 
  C’est gros comme le poing.  Ces choses-la sont rudes. 
  Il faut pour les comprendre avoir fait ses etudes. 
  Si petits! on ne peut leur dire:  Travaillez. 
  Femme, va les chercher.  S’ils se sont reveilles,
  Ils doivent avoir peur tout seuls avec la morte. 
  C’est la mere, vois-tu, qui frappe a notre porte;
  Ouvrons aux deux enfants.  Nous les melerons tous,
  Cela nous grimpera le soir sur les genoux. 
  Ils vivront, ils seront frere et soeur des cinq autres. 
  Quand il verra qu’il faut nourrir avec les notres
  Cette petite fille et ce petit garcon,
  Le bon Dieu nous fera prendre plus de poisson. 
  Moi, je boirai de l’eau, je ferai double tache,
  C’est dit.  Va les chercher.  Mais qu’as-tu?  Ca te fache? 
  D’ordinaire, tu cours plus vite que cela.

  —­Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, les voila!

I

PLEINE MER

  L’abime; on ne sait quoi de terrible qui gronde;
  Le vent; l’obscurite vaste comme le monde;
  Partout les flots; partout ou l’oeil peut s’enfoncer,
  La rafale qu’on voit aller, venir, passer;
  L’onde, linceul; le ciel, ouverture de tombe;
  Les tenebres sans l’arche et l’eau sans la colombe,
  Les nuages ayant l’aspect d’une foret. 
  Un esprit qui viendrait planer la ne pourrait
  Dire, entre l’eau sans fond et l’espace sans borne,
  Lequel est le plus sombre, et si cette horreur morne,
  Faite de cecite, de stupeur et de bruit,
  Vient de l’immense mer ou de l’immense nuit.

  L’oeil distingue, au milieu du gouffre ou l’air sanglote,
  Quelque chose d’informe et de hideux qui flotte,
  Un grand cachalot mort a carcasse de fer,
  On ne sait quel cadavre a vau-l’eau dans la mer,
  Oeuf de titan dont l’homme aurait fait un navire. 
  Cela vogue, cela nage, cela chavire;
  Cela fut un vaisseau; l’ecume aux blancs amas
  Cache et montre a grand bruit les troncons

Copyrights
Project Gutenberg
La Légende des Siècles from Project Gutenberg. Public domain.
Follow Us on Facebook