La Légende des Siècles eBook

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  Qu’est-ce donc que Jeannie a fait chez cette morte? 
  Sous sa cape aux longs plis qu’est-ce donc qu’elle emporte? 
  Qu’est-ce donc que Jeannie emporte en s’en allant? 
  Pourquoi son coeur bat-il?  Pourquoi son pas tremblant
  Se hate-t-il ainsi?  D’ou vient qu’en la ruelle
  Elle court, sans oser regarder derriere elle? 
  Qu’est-ce donc qu’elle cache avec un air trouble
  Dans l’ombre, sur son lit?  Qu’a-t-elle donc vole?

IX

  Quand elle fut rentree au logis, la falaise
  Blanchissait; pres du lit elle prit une chaise
  Et s’assit toute pale; on eut dit qu’elle avait
  Un remords, et son front tomba sur le chevet,
  Et, par instants, a mots entrecoupes, sa bouche
  Parlait pendant qu’au loin grondait la mer farouche.

  —­Mon pauvre homme! ah! mon Dieu! que va-t-il dire?  Il a
  Deja tant de souci!  Qu’est-ce que j’ai fait la? 
  Cinq enfants sur les bras! ce pere qui travaille! 
  Il n’avait pas assez de peine; il faut que j’aille
  Lui donner celle-la de plus.—­C’est lui?—­Non.  Rien. 
  —­J’ai mal fait.—­S’il me bat, je dirai:  Tu fais bien. 
  —­Est-ce lui?—­Non.—­Tant mieux.—­La porte bouge comme
  Si l’on entrait.—­Mais non.—­Voila-t-il pas, pauvre homme,
  Que j’ai peur de le voir rentrer, moi, maintenant!—­
  Puis elle demeura pensive et frissonnant,
  S’enfoncant par degres dans son angoisse intime,
  Perdue en son souci comme dans un abime,
  N’entendant meme plus les bruits exterieurs,
  Les cormorans qui vont comme de noirs crieurs,
  Et l’onde et la maree et le vent en colere.

  La porte tout a coup s’ouvrit, bruyante et claire,
  Et fit dans la cabane entrer un rayon blanc;
  Et le pecheur, trainant son filet ruisselant,
  Joyeux, parut au seuil, et dit:  C’est la marine!

X

  —­C’est toi! cria Jeannie, et contre sa poitrine
  Elle prit son mari comme on prend un amant,
  Et lui baisa sa veste avec emportement,
  Tandis que le marin disait:—­Me voici, femme! 
  Et montrait sur son front qu’eclairait l’atre en flamme
  Son coeur bon et content que Jeannie eclairait. 
  —­Je suis vole, dit-il; la mer, c’est la foret. 
  —­Quel temps a-t-il fait?—­Dur.—­Et la peche?—­Mauvaise,
  Mais, vois-tu, je t’embrasse et me voila bien aise. 
  Je n’ai rien pris du tout.  J’ai troue mon filet. 
  Le diable etait cache dans le vent qui soufflait. 
  Quelle nuit!  Un moment, dans tout ce tintamarre,
  J’ai cru que le bateau se couchait, et l’amarre
  A casse.  Qu’as-tu fait, toi, pendant ce temps-la?—­
  Jeannie eut un frisson dans l’ombre et se troubla. 
  —­Moi? dit-elle.  Ah! mon Dieu! rien, comme a l’ordinaire,
  J’ai cousu.  J’ecoutais la mer comme un tonnerre,
  J’avais peur.—­Oui, l’hiver

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