La Légende des Siècles eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 268 pages of information about La Légende des Siècles.

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  En partant du golfe d’Otrante,
      Nous etions trente;
  Mais, en arrivant a Cadiz,
      Nous etions dix.

  On fit ducs et grands de Castille
  Mes neuf compagnons de bonheur,
  Qui s’en allerent a Seville
  Epouser des dames d’honneur. 
  Le roi me dit:  ‘—­Veux-tu ma fille?’
  Et je lui dis:  ‘—­Merci, seigneur!’

  En partant du golfe d’Otrante,
      Nous etions trente;
  Mais, en arrivant a Cadiz,
      Nous etions dix.

  ’J’ai, la-bas, ou des flots sans nombre
  Mugissent dans les nuits d’hiver,
  Ma belle farouche a l’oeil sombre,
  Au sourire charmant et fier,
  Qui, tous les soirs, chantant dans l’ombre,
  Vient m’attendre au bord de la mer.

  En partant du golfe d’Otrante,
      Nous etions trente;
  Mais, en arrivant a Cadiz,
      Nous etions dix.

  ’J’ai ma Faenzette a Fiesone. 
  C’est la que mon coeur est reste. 
  Le vent fraichit, la mer frissonne,
  Je m’en retourne en verite! 
  O roi! ta fille a la couronne,
  Mais Faenzette a la beaute!’

  En partant du golfe d’Otrante,
      Nous etions trente;
  Mais, en arrivant a Cadiz,
      Nous etions dix.

APRES LA BATAILLE

  Mon pere, ce heros au sourire si doux,
  Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous
  Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
  Parcourait a cheval, le soir d’une bataille,
  Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit. 
  Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit. 
  C’etait un Espagnol de l’armee en deroute
  Qui se trainait sanglant sur le bord de la route,
  Ralant, brise, livide, et mort plus qu’a moitie,
  Et qui disait:—­A boire, a boire par pitie!—­
  Mon pere, emu, tendit a son housard fidele
  Une gourde de rhum qui pendait a sa selle,
  Et dit:—­Tiens, donne a boire a ce pauvre blesse.—­
  Tout a coup, au moment ou le housard baisse
  Se penchait vers lui, l’homme, une espece de Maure,
  Saisit un pistolet qu’il etreignait encore,
  Et vise au front mon pere en criant:  Caramba! 
  Le coup passa si pres que le chapeau tomba
  Et que le cheval fit un ecart en arriere. 
  —­Donne-lui tout de meme a boire, dit mon pere.

LE CRAPAUD

  Que savons-nous? qui donc connait le fond des choses? 
  Le couchant rayonnait dans les nuages roses;
  C’etait la fin d’un jour d’orage, et l’occident
  Changeait l’ondee en flamme en son brasier ardent;
  Pres d’une orniere, au bord d’une flaque de pluie,
  Un crapaud regardait le ciel, bete eblouie;
  Grave, il songeait; l’horreur contemplait la splendeur. 
  (Oh! pourquoi la souffrance et pourquoi la laideur? 
  Helas! le bas-empire est couvert d’Augustules,
  Les Cesars de forfaits, les crapauds de

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