La Légende des Siècles eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 268 pages of information about La Légende des Siècles.

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bandit! 
  O grand vainqueur d’enfants de cinq ans! maudits soient
  Les pas que font tes pieds, les jours que tes yeux voient,
  Et la gueuse qui t’offre en riant son sein nu,
  Et ta mere publique, et ton pere inconnu! 
  Terre et cieux! c’est pourtant bien le moins qu’un doux etre
  Qui joue a notre porte et sous notre fenetre,
  Qui ne fait rien que rire et courir dans les fleurs,
  Et qu’emplir de soleil nos pauvres yeux en pleurs,
  Ait le droit de jouir de l’aube qui l’enivre,
  Puisque les empereurs laissent les forcats vivre,
  Et puisque Dieu, temoin des deuils et des horreurs,
  Laisse sous le ciel noir vivre les empereurs!’

XV

LES DEUX TETES

Ratbert en ce moment, distrait jusqu’a sourire,
Ecoutait Afranus a voix basse lui dire: 
—­Majeste, le caveau du tresor est trouve.

L’aieul pleurait.

                   —­Un chien, au coin des murs creve,
  Est un etre enviable aupres de moi.  Va, pille,
  Vole, egorge, empereur!  O ma petite fille,
  Parle-moi!  Rendez-moi mon doux ange, o mon Dieu! 
  Elle ne va donc pas me regarder un peu? 
  Mon enfant!  Tous les jours nous allions dans les lierres. 
  Tu disais:  Vois les fleurs, et moi.  Prends garde aux pierres! 
  Et je la regardais, et je crois qu’un rocher
  Se fut attendri rien qu’en la voyant marcher. 
  Helas! avoir eu foi dans ce monstrueux drole! 
  Mets ta tete adoree aupres de mon epaule. 
  Est-ce que tu m’en veux?  C’est moi qui suis la!  Dis,
  Tu n’ouvriras donc plus tes yeux du paradis! 
  Je n’entendrai donc plus ta voix, pauvre petite! 
  Tout ce qui me tenait aux entrailles me quitte;
  Et ce sera mon sort, a moi, le vieux vainqueur,
  Qu’a deux reprises Dieu m’ait arrache le coeur,
  Et qu’il ait retire de ma poitrine amere
  L’enfant, apres m’avoir ote du flanc la mere! 
  Mon Dieu, pourquoi m’avoir pris cet etre si doux? 
  Je n’etais pourtant pas revolte contre vous,
  Et je consentais presque a ne plus avoir qu’elle. 
  Morte! et moi, je suis la, stupide qui l’appelle! 
  Oh! si je n’avais pas les bras lies, je crois
  Que je rechaufferais ses pauvres membres froids. 
  Comme ils l’ont fait souffrir!  La corde l’a coupee. 
  Elle saigne.

             Ratbert, bleme et la main crispee,
  Le voyant a genoux sur son ange dormant,
  Dit:—­Porte-glaive, il est ainsi commodement.

Le porte-glaive fit, n’etant qu’un miserable,
Tomber sur l’enfant mort la tete venerable.

Et voici ce qu’on vit dans ce meme instant-la: 
La tete de Ratbert sur le pave roula,
Hideuse, comme si le meme coup d’epee,
Frappant deux fois, l’avait avec l’autre coupee.

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