bandit!
O grand vainqueur d’enfants de cinq
ans! maudits soient
Les pas que font tes pieds, les jours
que tes yeux voient,
Et la gueuse qui t’offre en riant
son sein nu,
Et ta mere publique, et ton pere inconnu!
Terre et cieux! c’est pourtant bien
le moins qu’un doux etre
Qui joue a notre porte et sous notre fenetre,
Qui ne fait rien que rire et courir dans
les fleurs,
Et qu’emplir de soleil nos pauvres
yeux en pleurs,
Ait le droit de jouir de l’aube
qui l’enivre,
Puisque les empereurs laissent les forcats
vivre,
Et puisque Dieu, temoin des deuils et
des horreurs,
Laisse sous le ciel noir vivre les empereurs!’
LES DEUX TETES
Ratbert en ce moment, distrait jusqu’a
sourire,
Ecoutait Afranus a voix basse lui dire:
—Majeste, le caveau du tresor est trouve.
L’aieul pleurait.
—Un
chien, au coin des murs creve,
Est un etre enviable aupres de moi.
Va, pille,
Vole, egorge, empereur! O ma petite
fille,
Parle-moi! Rendez-moi mon doux ange,
o mon Dieu!
Elle ne va donc pas me regarder un peu?
Mon enfant! Tous les jours nous allions
dans les lierres.
Tu disais: Vois les fleurs, et moi.
Prends garde aux pierres!
Et je la regardais, et je crois qu’un
rocher
Se fut attendri rien qu’en la voyant
marcher.
Helas! avoir eu foi dans ce monstrueux
drole!
Mets ta tete adoree aupres de mon epaule.
Est-ce que tu m’en veux? C’est
moi qui suis la! Dis,
Tu n’ouvriras donc plus tes yeux
du paradis!
Je n’entendrai donc plus ta voix,
pauvre petite!
Tout ce qui me tenait aux entrailles me
quitte;
Et ce sera mon sort, a moi, le vieux vainqueur,
Qu’a deux reprises Dieu m’ait
arrache le coeur,
Et qu’il ait retire de ma poitrine
amere
L’enfant, apres m’avoir ote
du flanc la mere!
Mon Dieu, pourquoi m’avoir pris
cet etre si doux?
Je n’etais pourtant pas revolte
contre vous,
Et je consentais presque a ne plus avoir
qu’elle.
Morte! et moi, je suis la, stupide qui
l’appelle!
Oh! si je n’avais pas les bras lies,
je crois
Que je rechaufferais ses pauvres membres
froids.
Comme ils l’ont fait souffrir!
La corde l’a coupee.
Elle saigne.
Ratbert,
bleme et la main crispee,
Le voyant a genoux sur son ange dormant,
Dit:—Porte-glaive, il est ainsi
commodement.
Le porte-glaive fit, n’etant
qu’un miserable,
Tomber sur l’enfant mort la tete venerable.
Et voici ce qu’on vit dans ce meme
instant-la:
La tete de Ratbert sur le pave roula,
Hideuse, comme si le meme coup d’epee,
Frappant deux fois, l’avait avec l’autre
coupee.