La Légende des Siècles eBook

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Le vieillard semble sourd et muet.

                                  —­Tu me braves! 
  Eh bien! tu vas pleurer, dit le fauve empereur.

XIV

RATBERT REND L’ENFANT A L’AIEUL

Et voici qu’on entend comme un souffle d’horreur
Fremir, meme en cette ombre et meme en cette horde. 
Une civiere passe, il y pend une corde;
Un linceul la recouvre; on la pose a l’ecart;
On voit deux pieds d’enfants qui sortent du brancard. 
Fabrice, comme au vent se renverse un grand arbre,
Tremble, et l’homme de chair sous cette homme de marbre
Reparait; et Ratbert fait lever le drap noir.

  C’est elle!  Isora! pale, inexprimable a voir,
  Etranglee; et sa main crispee, et cela navre,
  Tient encore un hochet; pauvre petit cadavre!

  L’aieul tressaille avec la force d’un geant;
  Formidable, il arrache au brodequin beant
  Son pied dont le bourreau vient de briser le pouce;
  Les bras toujours lies, de l’epaule il repousse
  Tout ce tas de demons, et va jusqu’a l’enfant,
  Et sur ses deux genoux tombe, et son coeur se fend. 
  Il crie en se roulant sur la petite morte: 

  —­Tuee! ils l’ont tuee! et la place etait forte,
  Le pont avait sa chaine et la herse ses poids,
  On avait des fourneaux pour le soufre et la poix,
  On pouvait mordre avec ses dents le roc farouche,
  Se defendre, hurler, lutter, s’emplir la bouche
  De feu, de plomb fondu, d’huile, et les leur cracher
  A la figure avec les eclats du rocher! 
  Non! on a dit:  Entrez, et, par la porte ouverte,
  Ils sont entres! la vie a la mort s’est offerte! 
  On a livre la place, on n’a point combattu! 
  Voila la chose; elle est toute simple; ils n’ont eu
  Affaire qu’a ce vieux miserable imbecile! 
  Egorger un enfant, ce n’est pas difficile. 
  Tout a l’heure, j’etais tranquille, ayant peu vu
  Qu’on tuat des enfants, et je disais:  Pourvu
  Qu’Isora vive, eh bien! apres cela, qu’importe?—­
  Mais l’enfant!  O mon Dieu! c’est donc vrai qu’elle est morte! 
  Penser que nous etions la tous deux hier encor! 
  Elle allait et venait dans un gai rayon d’or;
  Cela jouait toujours, pauvre mouche ephemere! 
  C’etait la petite ame errante de sa mere! 
  Le soir, elle posait son doux front sur mon sein,
  Et dormait...—­Ah! brigand! assassin! assassin!

  Il se dressait, et tout tremblait dans le repaire,
  Tant c’etait la douleur d’un lion et d’un pere,
  Le deuil, l’horreur, et tant ce sanglot rugissait!

  —­Et moi qui, ce matin, lui nouais son corset! 
  Je disais:  Fais-toi belle, enfant!  Je parais l’ange
  Pour le spectre.—­Oh! ris donc la-bas, femme de fange! 
  Riez tous!  Idiot, en effet, moi qui crois
  Qu’on peut se confier aux paroles des rois

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