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This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 177 pages of information about La Lgende des Sicles.
C’etait dans l’endroit calme, apaise, solennel,
Ou luit l’astre ideal sous l’ideal nuage,
Au dela de la vie, et de l’heure, et de l’age,
Hors de ce qu’on appelle espace, et des contours
Des songes qu’ici-bas nous nommons nuits et jours;
Lieu d’evidence ou l’ame enfin peut voir les causes,
Ou, voyant le revers inattendu des choses,
On comprend, et l’on dit:  C’est bien!—­l’autre cote
De la chimere sombre etant la verite;
Lieu blanc, chaste, ou le mal s’evanouit et sombre. 
L’etoile en cet azur semble une goutte d’ombre.

  Ce qui rayonne la, ce n’est pas un vain jour
  Qui nait et meurt, riant et pleurant tour a tour,
  Jaillissant, puis rentrant dans la noirceur premiere,
  Et, comme notre aurore, un sanglot de lumiere;
  C’est un grand jour divin, regarde dans les cieux
  Par les soleils, comme est le notre par les yeux;
  Jour pur, expliquant tout, quoiqu’il soit le probleme;
  Jour qui terrifierait s’il n’etait l’espoir meme;
  De toute l’etendue eclairant l’epaisseur,
  Foudre par l’epouvante, aube par la douceur. 
  La, toutes les beautes tonnent epanouies;
  La, frissonnent en paix les lueurs inouies;
  La, les ressuscites ouvrent leur oeil beni
  Au resplendissement de l’eclair infini;
  La, les vastes rayons passent comme des ondes.

C’etait sur le sommet du Sinai des mondes;
C’etait la.

             Le nuage auguste, par moments,
  Se fendait, et jetait des eblouissements. 
  Toute la profondeur entourait cette cime.

On distinguait, avec un tremblement sublime,
Quelqu’un d’inexprimable au fond de la clarte.

Et tout fremissait, tout, l’aube et l’obscurite,
Les anges, les soleils, et les etres supremes,
Devant un vague front couvert de diademes. 
Dieu meditait.

               Celui qui cree et qui sourit,
  Celui qu’en begayant nous appelons Esprit,
  Bonte, Force, Equite, Perfection, Sagesse,
  Regarde devant lui, toujours, sans fin, sans cesse,
  Fuir les siecles ainsi que des mouches d’ete. 
  Car il est eternel avec tranquillite.

  Et dans l’ombre hurlait tout un gouffre, la terre.

  En bas, sous une brume epaisse, cette sphere
  Rampait, monde lugubre ou les pales humains
  Passaient et s’ecroulaient et se tordaient les mains. 
  On apercevait l’Inde et le Nil, des melees
  D’exterminations et de villes brulees,
  Et des champs ravages et des clairons soufflant,
  Et l’Europe livide ayant un glaive au flanc;
  Des vapeurs de tombeau, des lueurs de repaire;
  Cinq freres tout sanglants; l’oncle, le fils, le pere;
  Des hommes dans des murs, vivants, quoique pourris;
  Des tetes voletant, mornes chauves-souris,
  Autour d’un sabre nu, fecond en funerailles;
  Des enfants eventres soutenant leurs entrailles;

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