La Légende des Siècles eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 177 pages of information about La Lgende des Sicles.

                    Portant Mahaud, qui dort toujours,
  Ils marchent lents, courbes, en silence, a pas lourds,
  Zeno tourne vers l’ombre et Joss vers la lumiere;
  La salle aux yeux de Joss apparait tout entiere;
  Tout a coup il s’arrete, et Zeno dit:—­Eh bien? 
  Mais Joss est effrayant; pale, il ne repond rien,
  Et fait signe a Zeno, qui regarde en arriere... 
  Tous deux semblent changes en deux spectres de pierre
  Car tous deux peuvent voir, la, sous un cintre obscur,
  Un des grands chevaliers ranges le long du mur
  Qui se leve et descend de cheval; ce fantome,
  Tranquille sous le masque horrible de son heaume,
  Vient vers eux, et son pas fait trembler le plancher;
  On croit entendre un dieu de l’abime marcher;
  Entre eux et l’oubliette il vient barrer l’espace,
  Et dit, le glaive haut et la visiere basse,
  D’une voix sepulcrale et lente comme un glas: 
  —­Arrete, Sigismond!  Arrete, Ladislas! 
  Tous deux laissent tomber la marquise, de sorte
  Qu’elle git a leurs pieds et parait une morte.

  La voix de fer parlant sous le grillage noir
  Reprend, pendant que Joss blemit, lugubre a voir,
  Et que Zerio chancelle ainsi qu’un mat qui sombre: 

  —­Hommes qui m’ecoutez, il est un pacte sombre
  Dont tout l’univers parle et que vous connaissez;
  Le voici:  ’Moi, Satan, dieu des cieux eclipses,
  Roi des jours tenebreux, prince des vents contraires,
  Je contracte alliance avec mes deux bons freres,
  L’empereur Sigismond et le roi Ladislas;
  Sans jamais m’absenter ni dire:  je suis las,
  Je les protegerai dans toute conjoncture;
  De plus, je cede, en libre et pleine investiture,
  Etant seigneur de l’onde et souverain du mont,
  La mer a Ladislas, la terre a Sigismond,
  A la condition que, si je le reclame,
  Le roi m’offre sa tete et l’empereur son ame.’

  —­Serait-ce lui? dit Joss.  Spectre aux yeux fulgurants,
  Es-tu Satan?

—­Je suis plus et moins.  Je ne prends
Que vos tetes, o rois des crimes et des trames,
Laissant sous l’ongle noir se debattre vos ames.

Ils se regardent, fous, brises, courbant le front,
Et Zeno dit a Joss:—­Hein! qu’est-ce que c’est donc?

Joss begaie:—­Oui, la nuit nous tient.  Pas de refuge. 
De quelle part viens-tu?  Qu’es-tu, spectre?

—­Le juge.

—­Grace!

La voix reprend: 

                       —­Dieu conduit par la main

Le vengeur en travers de votre affreux chemin;
L’heure ou vous existiez est une heure sonnee;
Rien ne peut plus bouger dans votre destinee;
L’idee inebranlable et calme est dans le joint. 
Oui, je vous regardais.  Vous ne vous doutiez point
Que vous aviez sur vous l’oeil fixe de la peine,
Et que quelqu’un savait dans cette ombre malsaine
Que Joss fut kayser et que Zeno fut roi. 
Copyrights
Project Gutenberg
La Légende des Siècles from Project Gutenberg. Public domain.
Follow Us on Facebook