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La Légende des Siècles eBook

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Victor Hugo

                                            Zeno
  Pousse un coin de tapis, tate et prend un anneau,
  Le tire, et le plancher se souleve; un abime
  S’ouvre; il en sort de l’ombre ayant l’odeur du crime;
  Joss marche vers la trappe, et, les yeux dans les yeux,
  Zeno muet la montre a Joss silencieux;
  Joss se penche, approuvant de la tete le gouffre.

XV

LES OUBLIETTES

  S’il sortait de ce puits une lueur de soufre,
  On dirait une bouche obscure de l’enfer. 
  La trappe est large assez pour qu’en un brusque eclair
  L’homme etonne qu’on pousse y tombe a la renverse;
  On distingue les dents sinistres d’une herse,
  Et, plus bas, le regard flotte dans de la nuit;
  Le sang sur les parois fait un rougeatre enduit;
  L’Epouvante est au fond de ce puits toute nue;
  On sent qu’il pourrit la de l’histoire inconnue,
  Et que ce vieux sepulcre, oublie maintenant,
  Cuve du meurtre, est plein de larves se trainant,
  D’ombres tatant le mur et de spectres reptiles. 
  —­Nos aieux ont parfois fait des choses utiles,
  Dit Joss.  Et Zeno dit:—­Je connais le chateau;
  Ce que le mont Corbus cache sous son manteau,
  Nous le savons, l’orfraie et moi; cette batisse
  Est vieille; on y rendait autrefois la justice.

  —­Es-tu sur que Mahaud ne se reveille point?

  —­Son oeil est clos ainsi que je ferme mon poing;
  Elle dort d’une sorte apre et surnaturelle,
  L’obscure volonte du philtre etant sur elle.

  —­Elle s’eveillera demain au point du jour.

  —­Dans l’ombre.

—­Et que va dire ici toute la cour,
Quand au lieu d’une femme ils trouveront deux hommes?

—­Tous se prosterneront en sachant qui nous sommes!

—­Ou va cette oubliette?

—­Aux torrents, aux corbeaux,
Au neant; finissons.

                     Ces hommes, jeunes, beaux,

Charmants, sont a present difformes, tant s’efface
Sous la noirceur du coeur le rayon de la face,
Tant l’homme est transparent a l’enfer qui l’emplit. 
Ils s’approchent; Mahaud dort comme dans un lit.

—­Allons!

         Joss la saisit sous les bras, et depose

Un baiser monstrueux sur cette bouche rose;
Zeno, penche devant le grand fauteuil massif,
Prend ses pieds endormis et charmants; et, lascif,
Leve la robe d’or jusqu’a la jarretiere.

Le puits, comme une fosse au fond d’un cimetiere,
Est la beant.

XVI

CE QU’ILS FONT DEVIENT PLUS DIFFICILE A FAIRE

Copyrights
La Légende des Siècles from Project Gutenberg. Public domain.

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