La Légende des Siècles eBook

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Moins que vous, et pourtant le vent et ses bouffees
Les ont galamment d’ombre et de rayons coiffees. 
—­Flatteur, tu chantes bien, dit Mahaud.  Joss reprend: 
—­Si j’etais, sous le ciel splendide et transparent,
Ange, fille ou demon, s’il fallait que j’apprisse
La grace, la gaite, le rire et le caprice,
Altesse, je viendrais a l’ecole chez vous. 
Vous etes une fee aux yeux divins et doux,
Ayant pour un vil sceptre echange sa baguette—­
Mahaud songe:—­On dirait que ton regard me guette,
Tais-toi.  Voyons, de vous tout ce que je connais,
C’est que Joss est Boheme et Zeno Polonais,
Mais vous etes charmants; et pauvres, oui, vous l’etes;
Moi, je suis riche; eh bien! demandez-moi, poetes,
Tout ce que vous voudrez.—­Tout!  Je vous prends au mot,
Repond Joss.  Un baiser.—­Un baiser! dit Mahaud
Surprise en ce chanteur d’une telle pensee,
Savez-vous qui je suis?—­Et fiere et courroucee,
Elle rougit.  Mais Joss n’est pas intimide. 
—­Si je ne la savais, aurais-je demande
Une faveur qu’il faut qu’on obtienne, ou qu’on prenne! 
Il n’est don que de roi ni baiser que de reine. 
—­Reine! et Mahaud sourit.

XIV

APRES SOUPER

                        Cependant, par degres,

Le narcotique eteint ses yeux d’ombre enivres;
Zeno l’observe, un doigt sur la bouche; elle penche
La tete, et, souriant, s’endort, sereine et blanche.

Zeno lui prend la main qui retombe.

—­Elle dort! 
Dit Zeno; maintenant, vite, tirons au sort. 
D’abord, a qui l’etat?  Ensuite, a qui la fille?

Dans ces deux profils d’homme un oeil de tigre brille.

—­Frere, dit Joss, parlons politique a present. 
La Mahaud dort et fait quelque reve innocent;
Nos griffes sont dessus.  Nous avons cette folle. 
L’ami de dessous terre est sur et tient parole;
Le hasard, grace a lui, ne nous a rien ote
De ce que nous avons construit et complote;
Tout nous a reussi.  Pas de puissance humaine
Qui nous puisse arracher la femme et le domaine. 
Concluons.  Guerroyer, se chamailler pour rien,
Pour un oui, pour un non, pour un dogme arien
Dont le pape sournois rira dans la coulisse,
Pour quelque fille ayant une peau fraiche et lisse,
Des yeux bleus et des mains blanches comme le lait,
C’etait bon dans le temps ou l’on se querellait
Pour la croix byzantine ou pour la croix latine,
Et quand Pepin tenait une synode a Leptine,
Et quand Rodolphe et Jean, comme deux hommes souls,
Glaive au poing, s’arrachaient leurs Agnes de deux sous;
Aujourd’hui, tout est mieux et les moeurs sont plus douces,
Frere, on ne se met plus ainsi la guerre aux trousses,
Et l’on sait en amis regler un differend;
As-tu des des?

—­J’en ai.

                       —­Celui qui gagne prend
  Le marquisat; celui qui perd a la marquise.

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