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This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 177 pages of information about La Lgende des Sicles.

  Chevaux et chevaliers sont des armures vides,
  Mais debout.  Ils ont tous encor le geste fier,
  L’air fauve, et, quoique etant de l’ombre, ils sont du fer. 
  Sont-ce des larves?  Non; et sont-ce des statues? 
  Non.  C’est de la chimere et de l’horreur, vetues
  D’airain, et, des bas-fonds de ce monde puni,
  Faisant une menace obscure a l’infini;
  Devant cette impassible et morne chevauchee,
  L’ame tremble et se sent des spectres approchee,
  Comme si l’on voyait la halte des marcheurs
  Mysterieux que l’aube efface en ses blancheurs. 
  Si quelqu’un, a cette heure, osait franchir la porte,
  A voir se regarder ces masques de la sorte,
  Il croirait que la mort, a de certains moments,
  Rhabillant l’homme, ouvrant les sepulcres dormants,
  Ordonne, hors du temps, de l’espace et du nombre,
  Des confrontations de fantomes dans l’ombre.

  Les linceuls ne sont pas plus noirs que ces armets;
  Les tombeaux, quoique sourds et voiles pour jamais,
  Ne sont pas plus glaces que ces brassards; les bieres
  N’ont pas leurs ais hideux mieux joints que ces jambieres;
  Le casque semble un crane, et, de squames couverts,
  Les doigts des gantelets luisent comme des vers;
  Ces robes de combat ont des plis de suaires;
  Ces pieds petrifies sieraient aux ossuaires;
  Ces piques ont des bois lourds et vertigineux
  Ou des tetes de mort s’ebauchent dans les noeuds. 
  Ils sont tous arrogants sur la selle, et leurs bustes
  Achevent les poitrails des destriers robustes;
  Les mailles sur leurs flancs croisent leurs durs tricots;
  Le mortier des marquis pres des tortils ducaux
  Rayonne, et sur l’ecu, le casque et la rondache,
  La perle triple alterne avec les feuilles d’ache;
  La chemise de guerre et le manteau de roi
  Sont si larges qu’ils vont du maitre au palefroi;
  Les plus anciens harnais remontent jusqu’a Rome;
  L’armure du cheval sous l’armure de l’homme
  Vit d’une vie horrible, et guerrier et coursier
  Ne font qu’une seule hydre aux ecailles d’acier.

  L’histoire est la; ce sont toutes les panoplies
  Par qui furent jadis tant d’oeuvres accomplies;
  Chacune, avec son timbre en forme de delta,
  Semble la vision du chef qui la porta;
  La sont des ducs sanglants et les marquis sauvages
  Qui portaient pour pennons au milieu des ravages
  Des saints dores et peints sur des peaux de poissons. 
  Voici Geth, qui criait aux Slaves:  Avancons! 
  Mundiaque, Ottocar, Platon, Ladislas Cunne,
  Welf, dont l’ecu portait:  ‘Ma peur se nomme Aucune.’ 
  Zultan, Nazamystus, Othon le Chassieux;
  Depuis Spignus jusqu’a Spartibor aux trois yeux,
  Toute la dynastie effrayante d’Antee
  Semble la sur le bord des siecles arretee.

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