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This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 177 pages of information about La Lgende des Sicles.

  Qu’est-ce que tout cela fait a l’herbe des plaines,
  Aux oiseaux, a la fleur, au nuage, aux fontaines? 
  Qu’est-ce que tout cela fait aux arbres des bois,
  Que le peuple ait des jougs et que l’homme ait des rois? 
  L’eau coule, le vent passe, et murmure:  Qu’importe?

VII

LA SALLE A MANGER

  La salle est gigantesque; elle n’a qu’une porte;
  Le mur fuit dans la brume et semble illimite;
  En face de la porte, a l’autre extremite,
  Brille, etrange et splendide, une table adossee
  Au fond de ce livide et froid rez-de-chaussee;
  La salle a pour plafond les charpentes du toit;
  Cette table n’attend qu’un convive; on n’y voit
  Qu’un fauteuil, sous un dais qui pend aux poutres noires;
  Les anciens temps ont peint sur le mur leurs histoires,
  Le fier combat du roi des Vendes Thassilo
  Contre Nemrod sur terre et Neptune sur l’eau,
  Le fleuve Rhin trahi par la riviere Meuse,
  Et, groupes blemissants sur la paroi brumeuse,
  Odin, le loup Fenris et le serpent Asgar;
  Et toute la lumiere eclairant ce hangar,
  Qui semble d’un dragon avoir ete l’etable,
  Vient d’un flambeau sinistre allume sur la table;
  C’est le grand chandelier aux sept branches de fer
  Que l’archange Attila rapporta de l’enfer
  Apres qu’il eut vaincu le Mammon, et sept ames
  Furent du noir flambeau les sept premieres flammes. 
  Toute la salle semble un grand lineament
  D’abime, modele dans l’ombre vaguement;
  Au fond, la table eclate avec la brusquerie
  De la clarte heurtant des blocs d’orfevrerie;
  De beaux faisans tues par les traitres faucons,
  Des viandes froides, force aiguieres et flacons
  Chargent la table ou s’offre une opulente agape. 
  Les plats bordes de fleurs sont en vermeil; la nappe
  Vient de Frise, pays celebre par ses draps;
  Et, pour les fruits, brugnons, fraises, pommes, cedrats,
  Les patres de la Murg ont sculpte les sebiles
  Ces orfevres du bois sont des rustres habiles
  Qui font sur une ecuelle ondoyer des jardins
  Et des monts ou l’on voit fuir des chasses aux daims;
  Sur une vasque d’or aux anses florentines,
  Des Acteons cornus et chausses de bottines
  Luttent, l’epee au poing, contre des levriers;
  Des branches de glaieuls et de genevriers,
  Des roses, des bouquets d’anis, une jonchee
  De sauge tout en fleur nouvellement fauchee,
  Couvrent d’un frais parfum de printemps repandu
  Un tapis d’Ispahan sous la table etendu. 
  Dehors, c’est la ruine et c’est la solitude. 
  On entend, dans sa rauque et vaste inquietude,
  Passer sur le hallier par l’ete rajeuni
  Le vent, onde de l’ombre et flot de l’infini. 
  On a remis partout des vitres aux verrieres
  Qu’ebranle la rafale arrivant des clairieres;
  L’etrange dans ce lieu tenebreux

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