La Légende des Siècles eBook

This eBook from the Gutenberg Project consists of approximately 268 pages of information about La Légende des Siècles.

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Le lendemain Aymery prit la ville.

BIVAR

Bivar etait, au fond d’un bois sombre, un manoir
Carre, flanque de tours, fort vieux, et d’aspect noir. 
La cour etait petite et la porte etait laide. 
Quand le scheik Jabias, depuis roi de Tolede,
Vint visiter le Cid au retour de Cintra,
Dans l’etroit patio le prince maure entra;
Un homme, qui tenait a la main une etrille,
Pansait une jument attachee a la grille;
Cet homme, dont le scheik ne voyait que le dos,
Venait de deposer a terre des fardeaux,
Un sac d’avoine, une auge, un harnais, une selle;
La banniere arboree au donjon etait celle
De don Diegue, ce pere etant encor vivant;
L’homme, sans voir le scheik, frottant, brossant, lavant,
Travaillait, tete nue et bras nus, et sa veste
Etait d’un cuir farouche, et d’une mode agreste;
Le scheik, sans ebaucher meme un buenos dias,
Dit:—­Manant, je viens voir le seigneur Ruy Diaz,
Le grand campeador des Castilles.—­Et l’homme,
Se retournant, lui dit:  C’est moi.

                           —­Quoi! vous qu’on nomme
  Le heros, le vaillant, le seigneur des pavois,
  S’ecria Jabias, c’est vous qu’ainsi je vois! 
  Quoi! c’est vous qui n’avez qu’a vous mettre en campagne,
  Et qu’a dire:  Partons! pour donner a l’Espagne,
  D’Avis a Gibraltar, d’Algarve a Cadafal,
  O grand Cid, le frisson du clairon triomphal,
  Et pour faire accourir au-dessus de vos tentes,
  Ailes au vent, l’essaim des victoires chantantes! 
  Lorsque je vous ai vu, seigneur, moi prisonnier,
  Vous vainqueur, au palais du roi, l’ete dernier,
  Vous aviez l’air royal du conquerant de l’Ebre;
  Vous teniez a la main la Tizona celebre;
  Votre magnificence emplissait cette cour,
  Comme il sied quand on est celui d’ou vient le jour;
  Cid, vous etiez vraiment un Bivar tres superbe;
  On eut dans un brasier cueilli des touffes d’herbe,
  Seigneur, plus aisement, certes, qu’on n’eut trouve
  Quelqu’un qui devant vous prit le haut du pave;
  Plus d’un richomme avait pour orgueil d’etre membre
  De votre servidumbre et de votre antichambre;
  Le Cid dans sa grandeur allait, venait, parlait,
  La faisant boire a tous, comme aux enfants le lait;
  D’altiers ducs, tous enfles de faste et de tempete,
  Qui, depuis qu’ils avaient le chapeau sur la tete,
  D’aucun homme vivant ne s’etaient soucies,
  Se levaient, sans savoir pourquoi, quand vous passiez;
  Vous vous faisiez servir par tous les gentilshommes;
  Le Cid comme une altesse avait ses majordomes;
  Lerme etait votre archer; Gusman, votre frondeur;
  Vos habits etaient faits avec de la splendeur;
  Vous si bon, vous aviez la pompe de l’armure;
  Votre miel semblait or comme l’orange mure;
  Sans cesse autour de vous vingt coureurs etaient prets;
  Nul n’etait au-dessus du Cid, et

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