La Légende des Siècles eBook

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LA TROMPETTE DU JUGEMENT

  Je vis dans la nuee un clairon monstrueux.

  Et ce clairon semblait, au seuil profond des cieux,
  Calme, attendre le souffle immense de l’archange.

  Ce qui jamais ne meurt, ce qui jamais ne change,
  L’entourait.  A travers un frisson, on sentait
  Que ce buccin fatal, qui reve et qui se tait,
  Quelque part, dans l’endroit ou l’on cree, ou l’on seme,
  Avait ete forge par quelqu’un de supreme
  Avec de l’equite condensee en airain. 
  Il etait la, lugubre, effroyable, serein. 
  Il gisait sur la brume insondable qui tremble,
  Hors du monde, au dela de tout ce qui ressemble
  A la forme de quoi que ce soit.

Il vivait.

Il semblait un reveil songeant pres d’un chevet.

Oh! quelle nuit! la, rien n’a de contour ni d’age;
Et le nuage est spectre, et le spectre est nuage. 
Et c’etait le clairon de l’abime.

                                    Une voix
  Un jour en sortira qu’on entendra sept fois. 
  En attendant, glace, mais ecoutant, il pense;
  Couvant le chatiment, couvant la recompense;
  Et toute l’epouvante eparse au ciel est soeur
  De cet impenetrable et morne avertisseur.

Je le considerais dans les vapeurs funebres
Comme on verrait se taire un coq dans les tenebres. 
Pas un murmure autour du clairon souverain. 
Et la terre sentait le froid de son airain,
Quoique, la, d’aucun monde on ne vit les frontieres.

  Et l’immobilite de tous les cimetieres,
  Et le sommeil de tous les tombeaux, et la paix
  De tous les morts couches dans la fosse, etaient faits
  Du silence inoui qu’il avait dans la bouche;
  Ce lourd silence etait pour l’affreux mort farouche
  L’impossibilite de faire faire un pli
  Au suaire cousu sur son front par l’oubli. 
  Ce silence tenait en suspens l’anatheme. 
  On comprenait que tant que ce clairon supreme
  Se tairait, le sepulcre, obscur, roidi, beant,
  Garderait l’attitude horrible du neant,
  Que la momie aurait toujours sa bandelette,
  Que l’homme irait tombant du cadavre au squelette,
  Et que ce fier banquet radieux, ce festin
  Que les vivants gloutons appellent le destin,
  Toute la joie errante en tourbillons de fetes,
  Toutes les passions de la chair satisfaites,
  Gloire, orgueil, les heros ivres, les tyrans souls,
  Continueraient d’avoir pour but, et pour dessous,
  La pourriture, orgie offerte aux vers convives;
  Mais qu’a l’heure ou soudain, dans l’espace sans rives,
  Cette trompette vaste et sombre sonnerait,
  On verrait, comme un tas d’oiseaux d’une foret,
  Toutes les ames, cygne, aigle, eperviers, colombes,
  Fremissantes, sortir du tremblement des tombes,
  Et tous les spectres faire un bruit de grandes eaux,
  Et se dresser, et prendre a la hate leurs os,
  Tandis qu’au fond, au fond du gouffre, au fond du reve
  Blanchissant l’absolu, comme un jour qui se leve,
  Le front mysterieux du juge apparaitrait.

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